Yves Fraisseix, le guide Français des Laquedives en Inde

Avant de commencer Yves, comment ça va?

 Je vais très bien, il vaut mieux d’ailleurs pour faire ce genre de « job », il faut une bonne santé physique mais aussi mentale, bien dans sa tête et son corps.

Yves Fraisseix, guide en Inde aux Laquedives
Une carangue Ignobilis et un pêcheur fatigué

 

 

Quelle est l’histoire de votre organisation? Ca n’a pas du être de tout repos de vous lancer dans une telle aventure et dans un coin si éloigné?

Passionné de pêche depuis 30 ans et ayant beaucoup voyagé en Inde depuis 1973, je me suis décidé à « travailler » hors de France. Moi et ma femme avons donc décidé de nous installer en Inde (Goa).Ensuite ce qui m’a décidé d’aller aux Lakshadweep, ce sont des amis Indiens qui me disaient que c’était impossible, c’était une bonne raison, pour moi d’aller prospecter un endroit « impossible ». Mon intuition était bonne coté poisson et potentiel halieutique. Dès mes premiers voyages, par contre, c’était en effet très compliqué et très coûteux pour la logistique bateaux/nourriture/administration locale/police etc……mais à force de ténacité et d’un mental d’acier (inconnu en Inde !!) et aussi de diplomatie ferme, tout en respectant les règles et lois locales, une certaine confiance s’est installée. Les 2 premières années n’ont pas été simples, mais la pêche était réellement très encourageante. Petit à petit, les « choses » qui composent une destination de vrai pêche se sont misent en place (3/4 saisons), et donc, depuis 3 saisons tout est ok selon mes critères : itinéraires, bivouacs, écho-sondeurs, cuisine à bord et même l’accueil des employés gouvernementaux…

 Apres 7 saisons aux Lakshadweep, j’aime faire ce que je fais, c’est à dire partager cette passion dévorante avec des clients/amis/pécheurs, sur des spots dont je ne pouvais même pas rêver au regard des quantités et qualités de poissons qui passent à l’attaque sur nos popper et stick-bait .

Yves Fraisseix, guide en Inde aux Laquedives
Bonne humeur aux Laquedives

 

 

Et bien je vais te faire une confidence Yves… Moi aussi j’ai lorgné sur les Laquedives, pour faire un trip « sac à dos » en 2008, et comme toi, j’ai voulu y faire quelque chose! Mais bon, je vois que tu as fait mieux que moi, donc une sacrée organisation!… Tu as du former des marins au top avec toi en plus, histoire d’accueillir une clientèle rodée à ce genre de voyage. Peux-tu nous les présenter? Pourquoi eux ?

 Pour travailler aux Lakshadweep il ne fallait pas lorgner ou faire un trip « sac à dos », ce n’est l’endroit pour ce genre de trip. En effet, cet archipel est sous contrôle, (ndlr : De la Navy indienne.) l’Inde sac à dos peut-être, mais faut être jeune et costaud…. Mes 2 guides locaux sont mes salariés pour toute la saison, leur formation a été longue et elle est permanente avec l’évolution des conditions de bivouacs qui sont plus longs, donc cuisine en plus….Hassan et Nadir sont avec moi depuis le début. Ils prennent aujourd’hui un réel plaisir avec les clients et sont très appréciés.

Yves Fraisseix, guide en Inde aux Laquedives
Thon à dents de chien

 

 

Comment se passe un voyage avec toi depuis Paris par exemple ?

Au départ de paris, généralement sur Emirates, Qatar airways  les compagnies les mieux adaptées (prix ,confort…) pour Cochin via Dubai ou Doha, vol de 7 heures + 3,5 heures de vols jusqu’aux Laquedives, je réceptionne toujours moi même les gars à l’aéroport.

Une nuit à l’hôtel et départ le matin vers Agatti…..après c’est 6 ou 8 jours de pêche et rien d’autre…. puis retour à Cochin et l’Europe. Mes prix sont pour Cochin/Cochin tout compris. Seul le vol international ( 480/700 Euros) et le visa (90/100 Euros) sont à la charge du client.

 

Pour celles et ceux qui n’ont aucune expérience des pêches tropicales, peux tu nous parler des poissons qui se prennent le plus chez toi? Quelle taille et poids est-il raisonnable d’attendre dans tes eaux?

Difficile de parler pêche exo, qui plus est extrême, à des gens qui n’ont aucune expérience, car cette pêche est vraiment faite pour les initiés qui, seuls, peuvent comprendre l’ampleur de cette l’addiction. Ce n’est pas de la pêche, c’est une confrontation avec un poisson puissant et violent, une confrontation avec soit même sur sa propre condition mentale et physique. De l’adrénaline pure pour expérimentés seulement. Désolé mais cette destination n’est pas pour tout le monde.

Côté poissons, tu peux prendre de la « GT », appellée aussi carangue ignobilis de 40/50 kg , (Caranx ignobilis )du thon dent de chien de 30 kg au pop, 75 kg au jigg, (Gymnosarda unicolor ), de la carpe rouge, (Lutjanus bohar), des mérous (Plectropomus laevis le plus souvent.) et bien sur quelques Napoléons de belle taille au popper. ( Cheilinus ondulatus )

Yves Fraisseix, guide en Inde aux Laquedives
Gros combats en perspectives

 

 

Justement Yves, le pop’, beaucoup de nos lecteurs connaissent, mais moins connaissent le jig, cette cuiller en plomb qui ressemble aux cuillers à dandine pour la morue, mis à part que dans la pêche exotique, elle doit être remontée vitesse grand V pour faire taper des « dents de chien »! Quels sont donc les principaux leurres que tu recommandes à tes clients et quelles sont les modifications à faire sur ces derniers avant de partir ?

En effet, le popper c’est très classique et tout le monde les connait…le jig, il en faut en 200/250 gr voir 300 gr, plust trapus que longilignes en couleurs jaune oranger,  doré-orange, et bien armé avec des assist très, très costauds

Yves Fraisseix, guide en Inde aux Laquedives
Jolie poutre ce barracuda

 

 

Et côté cannes, moulinets, tresses cela doit être pareil… du très costaud? Quelle marque et modèles préconises tu?

Coté canne, cela dépend du gout et de l’âge du pêcheur ( physique ) de toute façon jamais moins de 80lb de vraie puissance. Je préconise plutôt les « longues » cannes en 2.7m pour des lancers appuyés pour atteindre les 80/100 m. contrairement à la « mode » actuelle des cannes courtes. Je ne nomme aucune marque par principe, je peux seulement dire que certaines relativement bon marché sont excellentes ( l’inverse est aussi possible, mais pas toujours vrai !!!).

Pour les moulinets c’est beaucoup + simple, seuls aujourd’hui Daiwa et Shimano sont ok, cela va peut-être changer mais pas encore, dommage car les prix sont…un peu fort…

Les tresses, c’est très perso, basé sur la confiance et l’expérience, la plupart des bonnes marques sont bonnes. Du 80/90lb, c’est ok pour chez moi. Plus puissant, on perd en longueur de lancer et cela ne change rien sur les coraux!! On oublie les bas de ligne très importants : shock-leader nylon et pas de fluoro à cause des noeuds impossibles à réaliser…

Yves Fraisseix, guide en Inde aux Laquedives
Requin au jig

 

 

Enfin, Yves, au vue de la puissance des ces prédateurs, comment se préparer à un tel trip avec toi et tes guides ? Au niveau physique par exemple.

La préparation pour un tel trip ??  

– être confiant dans le choix de la destination,  

 – être conscient du privilège de pouvoir le faire, ( argent!!!)

-être heureux de le faire.

Il faut surtout un bon mental et le physique va suivre pour préparer ce voyage de pêche aux Lakshadweep et être sur d’y vivre une expérience humaine unique : le  » gros » poisson va peut-être passer maintenant

Yves Fraisseix, guide en Inde aux Laquedives
Un pêcheur heureux, un napoléon et Yves, le guide

 

 

Tu réalises aussi des trips sur les contreforts himalayens pour le masheer. Comment cela se passe t-il?

Concernant la pêche du Golden Masheer sur les contreforts Himalayens à la frontière du Népal, c’est le même concept: un endroit assez compliqué à atteindre sur des « restricted areas » contrôlés par l’armée pour être sur de ne pas rencontrer d’autres pécheurs!…

J’ai d’autres coins secrets plus au nord après Rishikech sur le petit Ganges mais il n’y a pas de clients en France pour ce genre de trip….

Je peux aussi réaliser une pêche itinérante au Kashmir pour la truite sur les lacs d’altitudes, une pure merveille, mais pas en « raccord » avec le marché, c’est bien dommage, cela restera mon jardin secret….

 

Pour toute information sur Yves et son camp : yvesfraisseix@gmail.com

2 commentaires

    1. Bonjour Rosie,

      je suis Aurélien Prevost, l’auteur de cet article. Si la photo montre un requin, c’est plus pour montrer la variété des prises chez Yves qu’autre chose. Le requin est ce que l’on appelle une « prise collatérale » pour nous. Nous ne visons en effet pas du tout cette espèce. Notamment avec le jig qui cible plus le thon dent de chien. (Gymnosarda unicolor)
      Si le requin est d’ailleurs pris parfois, comme le montre cette photo, c’est aussi le signe que les Laquedives sont en très bonne santé. (Le requin étant en haut de la chaine alimentaire.) Il n’y a donc pas de « finning » avec nous.
      Yves est dans une zone militarisée et donc totalement controlée en tant que telle. Les ligneurs clandestins que l’on voit à la télévision sont donc totalement absents et seule la pêche sportive est présente et d’ailleurs totalement encadrée. Les contrevenants, comme aux iles Andaman à l’Est de l’Inde, voient leur bateaux dynamités (Si, si…) et un détour par la case prison… endroit pas des plus agréables la bas… De plus, ce sont les autorités indiennes qui dictent à Yves les zones de pêche.
      Pour finir, nous n’avons pas comme but de ramener nos prises en allant à la pêche et donc de faire un « carton » en cuisine. La pêche telle que vous la voyez dans ces colonnes Rosie, et telle que nous journalistes et lecteurs la voyons dans les magasines, est un loisir de passionnés purs et durs qui rejetent 99% de leurs prises et participent grandement à l’essor économique de zones considérées comme « pauvres ». (Regardez du côté de Bubaque en Guinée Bissau avec la fondation Decazes ou du côté de Madagascar à Sakatia où une école a été construite avec l’argent et les dons des pêcheurs voyageurs. Ce ne sont que deux exemples parmi tant d’autres.)
      Il reste donc 1%. Ce pourcent correspond aux prises qui ne repartent pas après le combat et celles pour le diner du soir… quand ces dernières n’ont pas la ciguatera. Et en général nous évitons donc de les garder. Ce sont donc plutôt les requins qui nous remercient car ils nous privent en plus pendant le combat de certaines de nos prises en les attaquant.
      Pour vous rassurer Rosie, l’intégralité des requins pris de façon « collatérale » repart. Cette espèce est en effet extrêmement costaude et quand on se rend compte qu’il y en a trop, nous changeons d’endroits. Pour nous, mais aussi pour éviter de voir trop de prises attaquées par ces derniers.
      Ainsi, quand un requin est ramené au bateau, la ligne est coupée au plus près de l’hameçon. Ce dernier n’a généralement pas d’ardillon et tombe donc seul car n’est plus sous la tension de la ligne.
      Voila Rosie, j’espère avoir répondu à vos peurs, car nous ne sommes absolument pas pour le massacre des eaux et les mentalités ont très fortement évoluées avec la prise de conscience dont tout le monde fait preuve.

      Bonne soirée Rosie.

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