Xavier Vella, un pionnier de la pêche du silure en France

Xavier Vella est l’un des pêcheurs de silures les plus connus en France. Faisant parti de la deuxième vague de ces pêcheurs spécialisés, il est vite devenu une référence dans le milieu, jusqu’à en devenir partenaire technique avec les marques désireuses de développer des produits spécifiques à la pêche du silure. Interview.

Bonjour Xavier, merci de te prêter au jeu de l’interview pour nos lecteurs. En quelques mots rapides, peux-tu présenter tes grands faits d’armes qui font que tu as aujourd’hui une notoriété dans le monde de la pêche ?

Et bien disons que je pêche le silure depuis longtemps, mon premier silure pris date de 1991 avec mon père qui m’a initié à la pêche, et cela fait donc 22 ans déjà! J’ai fait partie de la deuxième vague de pécheurs de silures liée à la mouvance générée par le pionnier Lyonnais Jean Claude Tanzilli, et aux premières médiatisations de cette pêche spécifique. Cette pseudo- notoriété, je la dois à une communication sur les prises et les techniques, via le site silurus glanis depuis une quinzaine d’années, et via des videos spécialisées depuis seulement 6 ou 7 ans.

 le plus gros pour moi c’est 243cm

Aujourd’hui, au niveau de tes silures « record », cela donne quoi ? Fais nous un peu rêver!

Et bien pour parler précisément  le plus gros pour moi c’est 243cm, ce qui, il faut bien l’admettre, n’est pas spécialement un record sur le Rhône. Mais je suis content parce que ces dernières années avec les troupes de silures qui grossissent sur les secteurs où je pratique, sur une trentaine de sortie, j’arrive à piquer une douzaine de poissons de plus de 220cm par an en moyenne, pourvu que ça dure!

D’où t’es venu l’idée de créer le Silurus Glanis ?

Un superbe poisson
Un superbe poisson

Ma passion forte pour cette pêche m’est venue dés la vue des premiers reportages avant même de piquer mes premiers poissons qui d’ailleurs n’étaient pas bien gros. En 1997, avec le début d’internet, mon beau frère Markku Hiironen, informaticien de métier, qui ne pêche pas, me propose de créer une page puis un site complet autours de ma passion. Avec mon compagnon de pêche et ami d’enfance Lionel Luketa, c’est ce que nous avons fait puis nous l’avons alimenté avec nos photos de captures de l’époque. Puis le nombre de visites sur ces pages augmentant avec le nombres croissant des forfaits internet, l’idée nous est venue de permettre à tous les passionnés de mettre en ligne leurs photos, puis de créer un forum, qui est vite devenu un des plus fréquenté des forums pêche français et européen sur la toile. Nombreux sont ceux, aujourd’hui, qui y on appris les rudiment de la pêche du silure, ou y on fait des connaissances  ou s’y sont fait connaitre tout simplement en y publiant photos ou vidéos de leurs prises, et je pense que l’on peut être fier de cela. En 2008, suite à l’impulsion de plusieurs membres actifs du forum Silurus Glanis, dont entre autres Daniel Pedretti et Nicolas Sigler, Silurus Glanis s’est monté en association loi 1901 pour la protection et la promotion de cette super pêche, mais je pense que ces deux piliers pourraient vous en parler encore mieux que moi pour vous expliquer en détails les avancés importantes liées au travail de l’association SGA. Je pense que Silurus Glanis a contribué pour une bonne part à la promotion de cette pêche dans notre pays.

 Celui qui veut prendre des poissons blancs sur la plupart des hot spots à silure français en fait des bourriches

Quand on entend des pêcheurs, et même dans certains médias généraliste que le silure est considéré comme un nuisible car il mange tous les poissons, tu as envie de leur dire quoi ?

J’ai envie de leur dire qu’ils feraient mieux d’aller à la pêche, au lieu de faire de la théorie autours d’un phénomène écologique vieux de presque 40 ans maintenant et auquel personne ne peut rien, de toutes façons, comme tout phénomène de la nature d’ailleurs… Celui qui veut prendre des poissons blancs sur la plupart des hot spots à silure français en fait des bourriches, et notre planète fournie largement tout ce qu’il faut naturellement pour que toutes les espèces vivantes y vivent et s’y développent. Enfin ça c’est quand l’homme ne cherche pas à y mettre sont nez. Alors j’aurais juste tendance à leur dire qu’il y assez de problèmes à gérer sur terre, pour ne pas chercher à gérer ce qu’il se passe sous l’eau, au fond des fleuves ou des grands lacs…

Que penses-tu de l’évolution de la pêche du silure en France ces dernières années ?

Le nombre de pratiquant de cette pêche spécifique a bien augmenté ces 10 dernières années, depuis la suppression de certaines lois (2002 légalisation de l’échosondeur par exemple) Les pécheurs de silures réguliers sont peut être 5000 en France à ce jour, et ce nombre augmentera encore si les règles de la loi pêche s’assouplissent encore un peu en s’adaptant à cette pêche No-Kill. Les gros silures sont partout en France, et ce poisson, quand on y a goûté  déchaîne les passions. Alors il n’y a plus qu’à…

on commence à parler vraiment du silure seulement depuis que les marques s’y intéressent  et que cette pêche commence a générer un peu d’argent

Avec l’arrivée de nouvelles marques dédiées à la pêche du silure, n’as-tu pas certaines craintes ou au contraire tu penses que c’est une bonne chose pour la pêche de ce poisson ?

Trouver facilement du matériel adapté a été pendant longtemps très difficile, notamment pendant la période 1990 à 2005, alors je ne peux que me réjouir aujourd’hui de trouver sans difficultés tout ce dont j’ai besoin. Le matériel est très performant et complet dans certaines marques et le prix est raisonnable, donc c’est vraiment très bien ! Mais ce qui est dommage, peut être, c’est que l’on commence à parler vraiment du silure seulement depuis que les marques s’y intéressent  et que cette pêche commence a générer un peu d’argent. Le silure et sa pêche ont des particularités incroyablement intéressantes  qui vont bien au-delà des simples contraintes liées au matériel…

Aujourd’hui, tu travailles avec Zebco, mais combien de marques t’ont approché pour que tu les aide à développer une gamme silure ?

Oui, j’ai une collaboration avec Zebco, depuis la création de leur marque spécifique silure « Black Cat » en 2007. Au moins 3 des autres marques sur le marché actuellement m’ont demandé des conseils ou avis il y a quelques années, à l’époque où les noms de pêcheurs de silures qui venaient à l’esprit n’étaient que trop rares. Je leur ai toujours donné mon point de vue, ou présenté des pécheurs compétant pour les aider.

Il faut bien comprendre que ce qui compte, surtout pour les marques, c’est de développer rapidement un matériel adapté au besoin de la plupart des pécheurs, et d’avoir dans leurs équipes de concepteurs des personnes qui ont des informations sur le marché français, qui ont une solide expérience de la pêche du silure, et qui sont des leader d’opinions, parce qu’un peu connu dans le milieu. A cette époque je représentais un peu tout cela  avec le site Silurus Glanis, les vidéos, et les articles dans les magazines…

Je ne gagne pas un seul euro de la pêche

Concrètement, un tel partenariat, cela te permet de vivre de la pêche?

Je ne gagne pas un seul euro de la pêche, mais ma passion me coûte juste un peu moins cher qu’avant, mais elle me coûte encore… En échange de ma collaboration pour la création de certains nouveaux produits, je reçois de Black Cat, chaque année, une dotation de matériel pour mise au point ou/et simplement pour les besoins liés à ma saison. Ce partenariat me convient très bien et me permet de garder une certaine liberté. Et c’est important à la pêche d’avoir l’esprit libre…

Je bénéficie également chaque année d’un prêt de matériel de la part de Navicom pour l’électronique sur le bateau.

Quand tu participes à la conception d’une canne signée de ton nom, c’est quoi ton travaille ? Tu donnes ton avis, un cahier des charges ?

Combat en pleine ville
Combat en pleine ville

Oui, je m’occupe précisément avec Nicolas Kein, Frerk Petersen, et Jurgen Masurch, de la description du blank, de sa conicité, de son action précise pour un besoin spécifique. Mais aussi, sa longueur, la position du moulinet, la taille de la poignée, le type de matériaux et d’accessoires, etc…

Je reçois ensuite différents prototypes que je test pendant une saison pour validation.

Je n’ai participé pour l’instant qu’à l’élaboration de 2 cannes techniques destinées à la pêche du silure au leurre et à la pêche en bateau canne en main, les techniques que je pratique le plus. Ce sont des cannes de 2,10m de long pour une polyvalence importante, permettant le lancer avec une action de pointe, mais aussi de pécher à la verticale en conservant de la puissance, le tout en restant relativement léger et abordable niveau prix. Ces cannes s’appellent chez « Black Cat » Fun Stick et Fun Stick Collector.

Peux-tu nous raconter 2-3 anecdotes nous relatant les comportements de silures les plus étranges que tu as vu ?

J’ai toujours été fasciné par ces poissons qui montent à 2 ou 3 pendant un combat et qui suivent leur compagnon jusqu’en surface, avant sa capture. Ou le gros, souvent le plus gros de la troupe qui lui l’attaque farouchement pendant le combat, c’est toujours un grand moment !!

J’admire aussi leur adaptation à la pression de pêche. Tu passes et tu trouves au sondeur un groupe énorme de silures, tu loupes un poisson ou tout simplement ton approche et il n’y a plus personnes au deuxième passage, c’est incroyable et même si le silure a toujours été malin,  ce n’était pas à ce point là il y a quelques années en arrière…

Tu penses que les poids moyens vont encore augmenter en France ?

Les poids moyens, oui c’est obligé. Mais la taille et le poids maxi de l’espèce en France semble s’être stabilisé. Avant les records étaient battus tous les ans malgré la faible quantité de pêcheurs. Depuis 2005, cela plafonne à environ 2,60m pour environ 115kg (2,50m pour 100kg étant déjà un poisson d’exception).

Quelles sont les régions/rivières qui ont le plus de potentiel selon toi ?

Une pêche exceptionnelle
Une pêche exceptionnelle

Historiquement, le Rhône, la Saône et la Loire hébergent surement à ce jour les plus vieilles populations, mais ces rivières sont suivies de très près par l’intégralité des autres grosses 2ème catégories du pays, qui ont vu l’explosion de l’espèce arriver seulement quelques années après.

Avec la stabilisation des tailles maxi du silure, on pourra espérer prendre un record absolument dans toutes les rivières d’un gabarit et d’une richesse suffisante pour accueillir quelques géants, et qui produisent déjà des poissons de 2m depuis au moins 10 ou 15 ans

Mais le meilleur potentiel au niveau des résultats pêches, en terme de taille et nombre de captures, se trouve surement en ce moment sur le bassin de la Garonne et de ses affluents

Crois-tu à un retour de la Saône au premier plan ?

Premier plan peut être pas, car d’année en année, les débits y sont de plus en plus faibles en été, rendant certaines techniques comme la traque en bateau difficile à pratiquer et beaucoup moins rentable qu’avant. La densité de silure en Saône est très forte, et cette rivière est riche d’un point de vue piscicole, donc la Saône fera bien sûr encore et toujours parler d’elle et de ses moustachus géants !

 

A l’heure actuelle, quelle est la technique de pêche du silure la plus productive du moment ?

La dérive en bateau, une des techniques les plus efficaces actuellement.
La dérive en bateau, une des techniques les plus efficaces actuellement.

D’une manière générale, c’est la pêche au vif qui rapporte le plus de beaux poissons, et qui est le plus rentable pratiquement toute l’année. En dérive en bateau, sur un montage fireball ou depuis la rive avec les présentations classiques.

Mais je pense que la pêche aux pellets, et les techniques d’amorçage, donneront des résultats énormes lorsqu’elles seront régulièrement mises en pratiques sur des secteurs adaptés.

Le clonk aujourd’hui, c’est une arme fatale ou un épouvantail à silures ?

Le clonk fonctionne encore très bien, certains jours, même sur les secteurs très péchés. Ce n’est plus l’arme fatale et on ne peut plus baser la réussite d’une partie de pêche uniquement sur cette accessoire. Mais certains jours, il peut sauver une partie de pêche, il faut toujours l’avoir dans le bateau et ne pas oublier de l’utiliser lorsque la pêche est dure et que rien d’autre ne marche !

Quels sont les secteurs que tu pêches en priorité ? Comment repères-tu les zones susceptibles de produire de beaux silures ?

J’aime pécher les fosses et les couloirs profonds du Rhône et de la Saône, je sais que là, on peut passer du temps a raser le fond, et qu’à un moment ou l’autre, on peut passer à coté de la gueule d’un vieux briscard! J’aime bien pécher une zone où il y a du courant à coté d’une zone calme, mais je pense qu’il ne faut jamais trop s’attarder dans le calme, mais juste un peu à l’extérieur, là où il y a un peu de jus, ça vaut le coup d’y multiplier les dérives. 😉

Des conditions idéales pour pêcher le silure, c’est quoi ? (Températures, courant, technique de pêche, etc…)

Et bien au bout de 22 ans de pêche je me rend compte qu’il n’y en a pas, et qu’en plein hiver, on peut choper les plus gros. Mais en général, un refroidissement brutal de l’eau n’est pas favorable à une grosse pêche…

Et pour terminer,  la question qui tue.. Tu préfères prendre un silure de 150kg ou passer le reste de tes jours avec Adriana Karembeu?

A vrai dire, c’est sans regret … mais de toute façon je préfère les brunes!!!  😉 

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