Vanessa Cottard, une femme qui a la pêche et totalement accroc

Cette semaine, laissons place aux femmes. Vous avez pu découvrir récemment un article expliquant comment Emmanuelle a basculé dans le monde de la pêche. Pour l’interview de cette semaine, nous avons rendez-vous avec Vanessa Cottard. Les jeunes femmes qui pratiquent notre passion sont de plus en plus nombreuses, mais la proportion est toujours trop faible. Petite discussion avec une jeune femme qui est accroc depuis sa rencontre avec un black-bass.

Tu peux te présenter à nos lecteurs ?
vanessa-cottard-femme-peche-02Salut tout le monde, je m’appelle Vanessa, 27 ans j’habite en Gironde dans la campagne bordelaise mais suis originaire de Normandie près de Dieppe et suis pêcheuse aux leurres depuis quelques années. Je traque les carnassiers dans tout type d’eaux : étangs , marais, canaux, rivières et depuis peu en mer. Toutefois mon fish fétiche c’est le Bass a grande bouche depuis ma rencontre avec lui lors d’un périple dans le centre de la France a mes débuts. Je poursuis ma quête de connaissance de ce poisson haut en cabrioles partout et dès que je le peux.

Comment as-tu découvert la pêche ?
J’ai vraiment redécouvert la pêche il y a 5 ans, je travaillais dans un magasin d’articles de Chasse et de Pêche dans ma Normandie natale.
Issue d’une famille de chasseurs, je me suis prise d’engouement pour ce loisir avec mon père et mon frère ainé : chasse que je pratiquais principalement pour observer les animaux et leur comportement dans leur milieu naturel, faire travailler mon chien était une autre part de cette pratique et prendre l’air en était une dernière. Je n’avais que très rarement des cartouches dans mon fusil, c’est une philosophie que ne correspondait pas vraiment à ma personnalité.
Un jour, mes collègues m’ont proposé de venir avec eux au bord de l’eau, ils ont commencé par m’emmener pêcher la carpe au coup, mais je ne suis pas assez patiente pour ça. La pêche statique ne me convient pas trop. Nous nous sommes donc rendus sur les berges de la Seine, en plein centre ville de Rouen où nous recherchions tout ce qui était capable d’intercepter un leurre et plus particulièrement de gros cyprinidés au comportement carnassiers comme les chevesnes et les Ides Mélanotes. Lors de la première journée je n’attraperai pas d’Ides, mais une perche et décrocherait ce qui semblait être un petit silure. Je crois que c’est là que la dépendance à commencé.
J’y suis retourné, une fois, deux fois… puis tout les soirs après le boulot… et maintenant, je ne chasse plus du tout (au désespoir de mon père), mais je suis devenue Dépendant’O’Fish !

Qu’est ce qui fait que tu as aimé cela, qu’est ce qui te rend accroc ?
vanessa-cottard-femme-peche-01Je suis plutôt curieuse de nature, à la pêche on ne sait jamais sur quoi on va tomber, c’est comme tous les jours noël, à chaque ferrage c’est comme un nouveau cadeau à déballer !
La recherche du poisson est souvent assez délicate, trouver le bon poste, le bon leurre, la bonne couleur, la bonne animation. Et quand tu as le bon pattern, la good vibe, et que tu as enfin une touche, que tes efforts sont enfin récompenser c’est l’euphorie. Puis quelque fois il faut faire preuve d’imagination, sortir un combo ou une couleur improbable et là c’est encore plus l’éclate si un poisson mord.

Tu as des anecdotes sympas à nous raconter que tu as vécues au bord de l’eau ?
J’en ai pas beaucoup, mais il y en a toujours 2 ou 3 qu’on ne peut pas oublier. Notamment la fois où j’ai perdu mon Big Fish sur une erreur de « débutante »…Le manque de sang froid :
J’étais en float tube ensemble spinning de puissance Medium à la main, sur un étang que je commençais à bien connaitre, une belle et très chaude journée où le soleil tapait vraiment. Après une longue recherche et de nombreux petits poissons mon coéquipier commence à enchainé plusieurs gros Bass sympa, frisant ou dépassant les 50 cm. Et moi toujours des petits, de plus en plus petits, puis sur un lancer un peu mal géré (je passe par-dessus une corde tiré sur la longueur de l’étang) la grosse touche ! Je ne vois pas ce que c’est, mais je sens que c’est lourd, après une énorme chandelle, je l’aperçoit…GARGANTUESQUE. Je combats tant bien que mal, il prend du frein, puis j’arrive à faire passer mon ensemble sous la corde, je parviens à ramener le fish dans mes palmes, effectivement y a du lourd… dans la précipitation, j’essaie de le prendre par la mâchoire, mais il n’a pas dit son dernier mot. Il tente un dernier rush, je finis par le saisir par sa gueule béante puis vint le drame… ce poisson se débattait de tout son poids : je lâche… le fil casse… je pleure !
Cette fois m’a vraiment marqué, je pense que c’était mon record… mais je le saurais jamais… bien que maintenant, je sais où il habite !

Tu pratiques comment quand tu découvres un nouveau lieu de pêche ? Une technique favorite ?
vanessa-cottard-femme-peche-06Quand je découvre un nouveau spot je procède toujours de la même façon. Je commence d’abord par faire un tour rapide le long des berges pour voir ce qu’il se passe au fond (herbiers, couleur de l’eau, structures visibles, activité…), je regarde s’il y a des panneaux concernant le droit de pêche aux alentours. Une fois validé, s’il n’y a pas d’activité, j’utilise en premier lieu la méthode douce : je sors un ensemble spinning équipé d’un leurre souple adapté aux caractéristiques du lieu.
Je suis très attaché à la pêche aux leurres souples, qui de toute évidence, est plus discrète que le poisson nageur. Notamment sur les lieux inconnus, l’approche se fait en douceur, si les poissons sont craintifs, il y a plus de chance de résultats, même quand il n’y a pas d’activité visible. Je réserve les leurres durs au dernier recours, pour être sur de n’avoir « oublié » personne, je l’utilise également beaucoup plus pour le brochet que pour le Black Bass.

C’est quoi la technique qui t’a rapporté le plus de résultats ?
J’obtiens le plus de résultat en Split Shot, Jig et Buzzing. Ce n’est pas que les autres techniques ne fonctionnent pas bien, mais j’ai une confiance inébranlable dans le pouvoir d’attraction des LS, du coup ça fait la différence. De manière générale, l’inconscient joue beaucoup sur la façon de pêcher et sur la réussite de la pêche. Par exemple, je n’ai jamais pris de poisson aux poissons nageurs articulés et pourtant c’est un type de leurre qui rencontre un grand succès !

Tu pratiques dans quel genre d’endroits en règle générale ?
vanessa-cottard-femme-peche-07De manière générale je pratique en étang, de préférence isolé, peu fréquenté… Je recherche toujours le lieu où je pourrais pêcher « tranquille », où on ne se marche pas dessus pour atteindre un poste… Idéalement, j’évite tous les étangs type bassine, sans arbres avec des postes bien définis, je préfère la nature quitte à devoir enfiler des protections pour traverser des ronces si le jeu en vaut la chandelle.
J’adore les spots encombrés avec de grosses structures et de gros herbiers. Ca foisonne de vie la dedans… mais ça c’est vraiment l’idéal et on ne tombe que trop rarement dessus.

Que penses-tu du monde de la pêche aujourd’hui ?
Mes avis divergent sur ce vaste, très vaste sujet qui mériterait au moins deux interviews pour en venir à bout !
Si l’on entend par « monde de la pêche », le milieu naturel qui la supporte, je pense profondément que nous allons au-devant de gros ennuis, si celui-ci n’est pas mieux géré et que la pêche n’est pas plus sévèrement réglementée, tant que de vrais budgets n’auront pas été alloués à la pérennisation de nos zones humides ainsi qu’à la protection de la faune aquatique, notre loisir ne connaitra que lente dégradation jusqu’à un point final de non-retour. Je m’exprime là avant tout en faveur des carnassiers qui dans l’inconscient collectif, voudrait que chacun d’entre eux lorsqu’ils sont capturés devraient finir sacrifiés sur l’hôtel de la gourmandise. N’oublions pas que les carnassiers jouent un rôle essentiel dans l’équilibre qui régit nos eaux, leur protection est primordiale.
Toutefois, de nouveaux comportements bénéfiques émergent de tous les coins de France et je souhaite que la parole soit donnée à tous ceux qui ont de bonnes idées ou un avis à partager capable de faire avancer les choses.
Les nouvelles technologies et pratiques modernes qui en découlent ont beaucoup à apporter et offrent une vision plus contemporaine de la pêche, loin des comportements de prélèvement déraisonnés qui n’ont plus aucune raison d’être tant nos eaux s’appauvrissent d’année en année. Et c’est en quoi les techniques modernes ont un impact sur le changement de comportement des pêcheurs envers les poissons, la pratique du no kill, si elle prend de l’ampleur n’est malheureusement pas encore systématique comme il est possible de le voir dans bien d’autres pays ou dans des milieux plus évolués comme la pêche de la carpe.

Un coup de gueule à passer ?
vanessa-cottard-femme-peche-03Plusieurs en fait…
Le comportement de beaucoup de pêcheurs me révolte, tant par le manque de respect des lois à l’égard des mailles de capture ou des quotas non respectés mais aussi par la saleté qu’ils génèrent, il devient insupportable de voir à quel point nos berges sont de plus en plus sales, polluées par des sac d’amorces, boites d’appâts ou de leurres abandonnés çà et là.
La presse halieutique : alors qu’elle devrait relayer les actions ou inactions des gérants de nos eaux, celle-ci a désormais une trop forte propension à s’extasier sur chaque nouveauté des fabricants ou se concentre sur les nouvelles étoiles de la pêche.
Je pense que la pêche s’endort sur ses récents lauriers dorés, ce n’est pas en générant un star-system que la pêche gagnera sa place dans la société, les comportements qui en découlent ne donnent pas l’exemple à la jeune génération qui n’a plus soif que de sponsoring et de compétition. Puis toujours lire et voir les mêmes personnes ne cultive pas la diversité, notre pays recèle de nombreuses ressources humaines non dévoilées car non médiatisées.
Je rêve d’une presse halieutique plus engagée, au recul plus scientifique où la pub ferait place à l’analyse et à l’expression libre de tout pêcheur bien avisé.

Un coup de cœur à passer ?
Je suis vraiment contente de croisé de plus en plus de femmes au bord de l’eau, sur les forums, les blogs… et de voir que cela ne laisse personne indifférent. Je pense que c’est une bonne chose, ça permet de changer un peu l’image de la pêche, qui aux yeux du monde parait vieillotte et fermé. Je vois également beaucoup de jeunes, des ados qui sont mordu de ce sport, ce qui est plaisant c’est qu’ils ont une autre approche (plus de No Kill notamment). Rien n’est joué d’avance, on ne sait pas si ça durera longtemps, mais c’est déjà une bonne chose.

Selon toi, pourquoi il n’y a pas beaucoup de femmes à la pêche ?

Je pense que la pêche est un sport complexe. Il y a toujours en élément déclencheur qui fait qu’on se retrouve, la 1ere fois, au bord de l’eau. On est rarement là par hasard.

Auparavant c’était un sport que l’on réservait aux garçons, peu de pères amenaient leurs filles à la pêche. Une question de pseudo « tradition » où les femmes attendait patiemment que leur père, frère, mari attrape un poisson en attendant sagement à leurs côtés ou bien à la maison … on a appris aux femmes à préparer le poisson plutôt qu’à pêcher. C’est comme ça.
Aujourd’hui, les mentalités ont un peu évolué, il y a encore du chemin à faire, mais c’est rassurant de voir de plus en plus de femmes au bord de l’eau une canne à la main, s’affranchissant de tout codes où en créant de nouveaux…

Que faudrait-il améliorer pour qu’il y ait plus de femmes au bord de l’eau ?
vanessa-cottard-femme-peche-04Le fait d’emmené ses enfants à la pêche, fille ou garçon, les conditionnent, leur apprends un tas de choses !
Mettre une canne à pêche dans les mains d’une petite fille lui apprendra que c’est normal de pêcher, qu’il n’y a rien de dégoutant à toucher des poissons et cela en fera probablement une femme pêcheuse et plus proche de sa nature.
Ensuite, un petit coup de main de fabricant ne serait pas de trop, avoir du matériel adapté à notre morphologie serait un plus. Certes nous ne sommes pas toutes des « fifille » attiré par ce qui brille, mais il y a vraiment quelque chose à faire d’intéressant en féminisant un peu tout ça (des couleurs autres que du kaki, des cannes ou moulinets plus girly…) Mais bon nous sommes très loin de nos comparses américains où c’est ancré dans les gènes et traditions. Peut-être dans quelques années qui sait … on est sur la bonne voie non ? 😉

Et pour terminer, la question qui tue
Tu préfères prendre un énorme Bass ou passer le reste de tes jours avec David Beckam?
David Beckam ? Oh ben non, je préfère le Fish record… pars contre si tu connais Johnny Deep ou Jared Leto… j’étudierais moins longtemps la question ;-D

2 commentaires

  1. Alors là !!! chapeau ,,bravo aussi pour les coup de gueules sur les revues halieutiques et les fabricants et autres sponso qui ne pensent qu’a brilller ou vendre ,et qui ne s’investissent vraiment pas dans les vastes chantiers de l’environnement ,et la vulgarisation de la peche de loisirs , beaucoup de choses a changer ,de travail a faire ,mais on y croit ,,,je rencontre beaucoup de femmes a la peche ,et je ne suis pas du tout surpris par l’application ,dexteritée et l’efficacitée de beaucoup d’entre elles ,,en generale tres pointue sur la technique qu’elles auront choisies ,,,milles fois bravo pour cette ouverture d’esprit et ce partage naturel d’une passion commune et universelle …

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