Touché mais pas coulé : face à la mort et au vieux brochet

Avant de l’avoir vécu, il est difficile de se rendre compte comment une session de pêche peut basculer au drame en une poignée de secondes… Retour sur ma première expérience au lac de la forêt d’Orient qui avait pourtant très bien commencé.

Internet peut avoir une bonne influence dans la vie « réelle », en effet cela faisait plus de 10 ans que je fréquentais le forum « Alliancepeche » réunissant pas mal de bons carpistes. Puis nous nous sommes aperçus que certains se mettaient à la pêche du brochet, d’où l’idée de réunir  un groupe intéressé par la pêche du carna en bateau sur le lac de la forêt d’Orient. Je devais aller à la première édition, malheureusement une semaine avant la roue gauche de ma remorque à bateau a dépassé ma voiture dans une descente, ça arrête même la meilleure volonté !

Mais là en septembre 2015 c’est bon, et j’arrive sous une pluie que j’ai rarement subie, et pour cause alerte orange, qui aurait pu être qualifiée de rouge sans problème. Je  rejoins 3 membres au magasin de pêche, et on s’embarque pour un coup du soir. Arrivé sur le lac deux constatations : les arbres ont pris pas mal de mauvais coups de vent en constatant les centaines de branches tombées, et en fait 2000 ha ça fait petit. En effet je suis habitué à mes lacs de barrages auvergnats, où 400 hectares peuvent s’étirer sur 15 kms et où aucun point de vue ne permet de voir entièrement le plan d’eau. Ici quelque soit la berge où l’on est je peux voir tout le lac, perturbant !

Naufrage en bateau au lac d'Orient
Orient et sa magie

C’est parti

Petit soir niveau résultat, 2 petits brochets. Mais on avance côté pêche : jusque dans une profondeur de 6 mètres il y en général seulement 2 mètres de profondeur qui ne sont pas colonisés par les herbiers. Donc il faut pêcher assez léger, ou pêcher rapidement. Ensuite beaucoup de petits poissons sous les 60cm, qu’apparemment je réussi à éviter avec des leurres de 20 à 30 cm récupérés en linéaire. C’est déjà la nuit, et nous rentrons ranger les affaires au gîte, et oui 20 pêcheurs attendus il faut une organisation, et il y en avait une bonne ! Après discussion la plupart des pêcheurs seront au souple de moins de 50gr pour tenter le plus de touches possibles, je vais me sentir seul avec ma technique, mais pas grave je suis persuadé que ça payera un jour. Il faut juste espérer que ce soit dans les 4 jours à venir.

Première journée complète, et nous voici à 8 h du matin à la mise à l’eau. Je partage mon bateau avec Bruno, plutôt cool ces rencontres, car même si je vais passer 8 h de suite avec lui sur 4 m² sans le connaître la veille, ça s’est bien passé. Il pêche plutôt petit, et s’en sors avec une bonne journée, une dizaine de brochets, dont 5 au dessus de 65 cm. Quand à moi je touche un beau dans 8 mètres d’eau, malheureusement un combat un peu long me fait perdre le poisson devant l’épuisette, estimé à 80cm.

En tout cas le vent et la pluie ne nous ont pas épargnés, et ce sont les 2 batteries complètement vides que nous rejoignons la mise à l’eau le soir.

Nous faisons connaissance avec les nouveaux arrivants, et de mon côté avec John qui sera mon partenaire de bateau pour le lendemain.

Naufrage en bateau au lac d'Orient
La météo est devenue capricieuse

Et là …

Le deuxième jour nous profitons du matin calme pour traverser le lac et attaquer la bordure et les baies côté Lusigny. Matinée trop calme, puisque nous ne prendrons rien, juste à midi je décroche à nouveau un beau poisson devant le bateau, il approchait les 90cm.

Le vent devient fort, et nous passons le début d’après midi à nous laisser pousser gentiment au fond de la grande baie de Géraudot. Aucun carpiste et aucun autre bateau, cela nous laisse ce spot pour nous seuls, mais pas de poissons non plus. Puis il faut remonter face au vent, et là ça devient sportif : toutes les 3 ou 4 vagues il y en a une qui passe par-dessus le bateau, embarquant quelques litres, ça devient vraiment trop pénible de pêcher, on range les affaires et nous décidons de partir contre le vent au moteur arrière, c’est-à-dire en mettant bien le nez du bateau face aux vague. On avance, puis une vague passe vraiment par-dessus le nez du bateau et le rempli à moitié. Puis une autre, et une autre, et en quelques secondes le bateau est rempli. Je n’y crois toujours pas, me demande ce qu’il se passe quand le bateau se retourne et je me retrouve dans l’eau, le gilet automatique se gonfle instantanément, et je me tourne vers John qui panique un peu car lui n’a pas de gilet. Après quelques dizaines de secondes nous voyons que nous pouvons nous appuyer sur le bateau à l’envers. En regardant autour de nous nous ne voyons  aucun autre bateau, et la rive est à un peu plus d’une centaine de mètres, donc hors de question d’y aller, d’autant avec l’un de nous sans gilet.

en quelques secondes le bateau est rempli

A partir de ce moment la notion du temps devient très relative. Je me souviens en vrac que John appela mais personne ne répondit, d’avoir été cherché le gilet dans un coffre mais déjà gonflé, il fut impossible à enfiler, nous l’avons donc attaché n’importe comment. En fait la plupart du temps j’essayais de me placer sur le bateau en équilibre, en attendant que le vent nous pousse. Mon compagnon d’infortune lui avait trouvé place à califourchon sur le moteur thermique retourné.

Cependant nous devions nous rendre à l’évidence, nous étions poussés très très lentement et à ce rythme il faudra plusieurs heures de dérive pour atteindre le bord, et je commence à avoir froid, l’eau est certes à 18 degrés, mais après une heure on commence à trembler. D’ailleurs je ne parle plus trop, gardant mes forces.

Naufrage en bateau au lac d'Orient
Un système efficace, et très facilement remplaçable : il suffit de dévisser et de revisser le déclencheur et la bouteille, puis de replier la chambre à air et de refermer le gilet avec les velcro

A ce rythme il faudra plusieurs heures pour atteindre le bord

Puis j’entends un bruit sec régulier contre la coque en alu du bateau. En cherchant un peu je m’aperçois que l’hélice du moteur avant replié tourne. Il faut je pense un moment pour comprendre, car dans ces conditions le cerveau tourne au ralenti. Mais si nous retournons le bateau et que j’arrive à déplier ce moteur, nous pourrons avancer plus vite ! Une montée d’adrénaline nous empêche de sentir le froid, et après quelques essais le bateau est dans le bon sens. Le moteur doit se déplier en tirant une ficelle, mais sans appui et dans l’eau je m’y reprends à plusieurs reprise quand enfin cela fonctionne. Je me jette sur la commande et délivrance, l’hélice tourne ! John quand à lui s’aperçoit que le moteur électrique arrière fonctionne encore aussi ! Nous plaçons ces deux propulseurs en direction de la mise à l’eau de Géraudot. J’ai l‘impression que notre avancée est horriblement longue, et j’ai bien le temps d’avoir à nouveau froid, très froid même. Presque découragé… Quand enfin, je sens la terre sous mes pieds ! A partir de cet instant plus rien n’avait d’importance, je n’aurais plus le droit de me plaindre de quoi que ce soit en fait, sauvés !! On se félicite, je ne sais pas ce que John a en tête, moi en tout cas plus aucun soucis ne m’atteint. Je vais quand même au bateau pour le rapprocher du bord et le nettoyer un peu. John m’apprendra plus tard avoir été très inquiet pour moi car mon visage tirait vers le bleu, et je ne parlais plus du tout, il partira chercher de l’aide.

Naufrage en bateau au lac d'Orient
J’ai allumé la Gopro une fois sur la berge, le petit film est littéralement irregardable tellement mon corps faisait trembler l’image !

La sensation en sortant de l’eau est paradoxale : l’esprit est libre et rassuré, tandis que le corps tremble de froid et n’ai encore pas très bien remis.

Ce qui se passe après n’est qu’accessoire : camping sympa qui nous réchauffe, pompiers qui nous accueillent dans un camion chauffé, urgences pour écarter un début d’hypothermie, aller-retour pour chercher mon double de clé de voiture etc.

En tout cas un grand merci aux pompiers, aux potes que je ne connaissais pas 3 jours avant et qui se sont débrouillés pour vider le bateau et le ramener au gîte, et bien entendu à John pour m’avoir soutenu tout au long de cette épreuve.

Conclusion

Toute réflexion postérieure est vouée à l’échec : si j’avais changé de moteur comme prévu une semaine avant, aurait-il résisté à l’immersion et aurions nous rejoint la berge ? Si à 10 minutes près nous avions décidé de remonter le vent plus tard ou plus tôt les vagues auraient-elles remplies le bateau ou non ? Dans une eau à 10 degrés comment aurions nous fait ? Si cela était arrivé au milieu du lac la berge aurait été trop loin, mais d’autres bateaux nous auraient vus etc.

Le pire est que je n’ai pas du tout eu l’impression d’être imprudent les vagues n’étaient pas monstrueuses, et je veillais bien à être face à elles. D’autant que j’ai déjà traversé quelques vents très forts sans aucune mésaventure. Mais les très grands lacs de plaine ont sans doute une houle inconnue de mes lacs montagneux habituels, et tous les bateaux ont leurs limites, la preuve j’ai vu ensuite des photos d’énormes Nitro Z9 s’étant eux aussi remplis. Bref, réfléchir a posteriori semble inutile, pensons juste à absolument mettre un gilet de sauvetage tout le temps, à éviter les risques, et à profiter du moment présent !

Naufrage en bateau au lac d'Orient
La pêche c’est aussi les très bons moments !

Postface

Nous sommes 2 semaines après le « bain », le moteur est passé par une double vidange, le sondeur arrière est au SAV car il n’a pas aimé l’immersion prolongée, bref mon bateau est à nouveau opérationnel. J’ai racheté juste de quoi pêcher : canne + épuisette + quelques leurres et après certaines appréhensions je passe une journée à nouveau sur mon bateau dans « mes » lacs de barrage. Après avoir goûté au pire de ce que la pêche peut offrir, en voici le meilleur : grosse attaque, gros combat et brochet de 110 cm ! Ouf, je crois que je ne suis plus traumatisé !

Vous aimez pêcher le carnassier? Alors découvrez les autres articles traitant d’autres techniques de pêche du carnassier du magazine 1max2peche

Magazine de pêche 1max2peche #13

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