Stéphane Durand-Robin (Culture Fish), un enfant de la télé

Stéphane Durand-Robin est un électron libre du paysage halieutique. Transfuge de l’audiovisuel, il met ses talents à disposition du monde de la pêche en proposant un zapping halieutique 2 fois par mois. Entretien avec l’homme aux lunettes blanches et à la casquette noire.

 

Tu peux te présenter à nos lecteurs ?

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Salut les Max2Pêchaunautes, je suis Stéphane Durand-Robin, j’ai 40 ans, je suis un transfuge de l’audiovisuel et du spectacle vivant (comédien, réalisateur, cadreur, monteur et graphiste à mes heures perdues) et streetfisher parisien par obligations professionnels même si je préfère le chant mélodieux du héron cendré aux gazouillis des bus de Paname.

 

Comment as-tu découvert la pêche ?

Comme beaucoup j’ai été initié par mon grand-père qui était un grand mordu. Ci-tôt le cordon ombilical coupé j’étais au bord de l’eau, d’abord dans les bras maternels puis dès que je fut autonome on m’a mis une canne dans les mains ; pour m’apprendre la patience, la persévérance. J’ai commencé au coup à la canne télescopique, puis la canne à emmanchement de 11 mètres (les 13 mètres n’existaient pas encore), j’ai découvert la pêche a l’anglaise avant que mon détaillant ne vende ces premières cannes de 3,90m, la carpe aux graines puis aux bouillettes puis depuis une dizaine d’année je me suis mis au carnassier car j’en avais marre de trimbaler trop de matériel.

 

Qu’est ce qui fait que tu as aimé cela, qu’est ce qui te rend accroc ?

Le contact avec la nature avant tout. Je revendique mon statut de pêcheur contemplatif qui à besoin d’être au bord de l’eau. L’eau m’apaise, me rassure, me ressource. La faune et la flore sont mon terrain de jeu, d’observation. Je suis un naturaliste dans l’âme et dès qu’il y a de l’eau, il y a de la vie donc des choses à apprendre. Une bergeronnette des ruisseaux, une demoiselle bleue, un triton ou une loutre et je laisse ma canne le temps de contempler tout cela. La prise du poisson est presque superflue pour moi, c’est la cerise sur le barbeau, je me contente souvent d’être juste au contact de l’eau.

 

Tu as des anecdotes sympas à nous raconter que tu as vécues au bord de l’eau ?

LoutremanJe ne suis pas un pêcheur de spécimens qui aime se pavaner avec des poissons trophées, d’ailleurs je ne suis pas du genre à poster mes photos sur Fishbook. Je vais à la pêche avant tout pour moi et non pas pour fanfaronner auprès des copains. Oui j’ai des anecdotes halieutiques plein ma besace mais ce sont des « petits riens » à priori sans grande importance pour les autres pêcheurs qui on érigés le cumul de captures comme seul objectif ou motivation dans l’action de pêcher. Une parade nuptiale de grèbes huppés vaut un brochet métré à mes yeux…

 

Il se cache quoi derrière tes lunettes et ta casquette ?


Un homme de l’ombre, un timide, un « artiste » qui ne veut briller que par son talent (si j’en ai un) et non pas un personnage à l’égo démesuré qui se servirait de l’alibi pêche pour se faire un nom. En tant qu’ancien comédien, j’ai donné dans les strass et paillettes ; maintenant je souhaite suivre mon bonhomme de chemin caché derrière un masque. Le produit que je propose s’appelle Culture Fish et non Stéphane.

 

Pourquoi avoir créé Culture Fish ?

SDRSuite à de multiples opérations des genoux qui m’ont immobilisées devant « Chasse et Pêche » et « Histoire Naturelles », je me suis dis qu’il y aurait une autre voie pour les vidéos de pêches. Que toutes ces vidéos étaient vraiment trop sérieuses et ne retranscrivaient pas vraiment ce que j’aime dans la pêche : le partage et la bonne humeur. Ce qui m’intéresse, c’est la passion des pêcheurs qui ne se prennent pas au sérieux, ce pourquoi ils retournent au bord de l’eau la fleur au fusil, avec joie et sourire aux lèvres même après une série de capot. De plus je trouvais qu’il manquait un programme où les « pêcheurs du dimanche », les amateurs (au sens premiers du terme : « qui aiment ») pourraient avoir leur quart d’heure de gloire si cher à Andy Warhol. J’aime voir l’œil qui brille d’un pêcheur lambda qui vient de faire un brochet de 80 (peut-être le seul de sa saison), alors qu’un professeur es-pêche ne froncera même pas un sourcil en sortant son douzième brochet métré de la saison.

Mon objectif n’est pas de rendre les internautes meilleurs pécheurs en regardant Culture Fish ; je présente juste une succession d’instants de pêche dans lesquels les internautes peuvent s’identifier. Les stars du concept Culture Fish, sont tous ces amoureux du mucus qui partagent leurs vécus et je ne fais qu’orchestrer ce fichu foutoir pour en tirer la quintessence, pour rythmer le programme afin qu’il soit le plus possible adapté au média web.

 

Cela te prend combien de temps, tu as un retour sur investissement ou c’est par passion seulement ?

Oui c’est un investissement total ! Ne faisant pas les choses à moitié (j’assume mon coté jusqu’au-boutiste tendance maniaco-compulsif obsessionnel) j’ai tout lâché pour me jeter corps et âme dans cette aventure. Je tente d’allier passion et travail, ce qui n’est pas facile avec un ovni comme Culture Fish. Ce n’est pas un produit facile à vendre car il ne répond pas forcément aux attentes des businessman de la pêche qui aiment légitimement maîtriser tous les tenants et aboutissants. Un concept plus lisible, genre webzine ou blog/site avec de gentilles pages de pub validées par des Responsable de la Com’ serait plus vendeur (donc rentable) mais j’aime mettre un grain de folie, un coup de pied dans la fourmilière halieutique.

Entre le dérushage de mes images et celles tournées par les internautes puis le montage ; un épisode me prend presque une semaine de travail. C’est déraisonnable mais je fonctionne à la satisfaction du travail bien accompli. Donc tant que je sens que je peux améliorer un épisode, je travaille dessus. Je m’oblige à faire du mixage son (nettoyer les pistes audio et ajouter des ambiances sonores manquantes), à rectifier la colorimétrie et surtout à pinailler sur un point de montage ou couper une séquence trop longue juste avant le climax (pour frustrer le spectateur et donc essayer de ne pas le faire zapper). C’est prétentieux mais je ne veux pas rougir de mon travail, ma plus grande satisfaction est de regarder mes anciennes vidéos et me dire que j’ai fait mon maximum à cet instant T.

 

C’est quoi l’avenir de Culture Fish ? Des projets ?

L’avenir de Culture Fish n’est pas encore assuré, loin s’en faut ! Peut-être trop avant-gardiste pour perdurer : ce n’est jamais bon d’être en avance par rapport aux attentes des annonceurs potentiels qui pourraient financer un tel programme. Qui vivra verra ! Tant qu’il y aura des Culturofishophiles, il y aura Culture Fish. Je crois en ce format participatif mais le programme évoluera peut-être car c’est un laboratoire d’idées où je test des choses, où je rectifie. Culture Fish est la web-série dont vous êtes les héros, elle est ce que vous en ferez !

 

 

Que penses-tu du monde de la pêche aujourd’hui ?

saucisse-en-cachant-une autreQu’entends tu par « monde de la pêche » ? Si tu parles du business de la pêche, je vais être franc :  les marques sont là pour vendre leur matériels et les instances halieutiques gérer la manne qui en découle. Mais je ne vais pas mordre les mains qui pourraient me nourrir, je suis un modeste maillon de ce business halieutique en faisant de la propagande. J’essaye juste d’être le plus honnête possible en montrant des produits que nous, que vous utilisez ; mais jamais je décrocherait un poisson pour le repiquer sur un leurre dont le fabricant veux en faire la promo. Si j’ai volontairement détourné en 2010 le générique de Culture Pub avec les logos de marques de pêche (http://youtu.be/qxkbGLsvpnc), c’est aussi pour souligner la dérive mercantile de notre passion. Dans ma jeunesse les pêcheurs n’étaient pas des homme-sandwich. Les pêcheurs sont devenus de simples consommateurs du « loisir pêche ». J’ai l’impression d’une fuite en avant. Tant qu’il y a des poissons on pourra en profiter (ou se faire de la tune) et après nous la fin du monde… J’aimerais une vraie prise de conscience des Marchands du Temple et des leurs fidèles pour la protection de la ressource et du milieu.  Certes la pêche de prélèvement est heureusement derrière nous, le no-kill est devenue une (trop) sacro-sainte religion pour la nouvelle génération de pêcheurs, mais en même temps il y a de moins en moins de bénévoles pour faire vivre les AAPPMAs. Si les équipementiers reversaient 1% de leurs bénéfices à la protection de la ressource, si les pêcheurs consacraient 1% de leur temps libre à des actions éco-citoyennes au lieu de se pavaner sur le Net, les choses avanceraient peut-être ?

 

Un coup de gueule à passer ?

Je crois que je viens déjà de le passer… L’immobilisme des puissants qui continuent à croire dans leur système de communication éculé, mais je prêche pour ma paroisse. Le pignolage des jeunes qui postent leurs photos avec des logos partout dans l’espoir vil de devenir sponso, faisant ainsi du marketing viral gratuit, et ce au détriment de ceux qui veulent proposer leur travail. Tu portes de Nike aux pieds, tu ne postes pas des photos de tes guibolles pour avoir une paire de lacets gratuits ? Cette dérive marketing entretient ce système vicieux du « je m’affish donc je suis ».

 

Un coup de cœur à passer ?

Dexter-Jerk-by-Culture-FishPlutôt un big up aux rares marques qui croient au concept participatif et décalé de Culture Fish : la vénérable maison Sensas (Illex, Pezon & Michel, Starbaits et Sensas bien sûr) ainsi que Pure Fishing (Berkley, Abu Garcia, Mitchel et cie…). Merci à ces sociétés qui font que Culture Fish existe encore.

 

Tu as la réputation de ne jamais être content et de dire franchement les choses, mais ce n’est pas incompatible avec le monde de la pêche ?

Merde, je ne savais pas que j’avais cette réputation de vilain petit canard ! Ne jamais être content : je pense pas ; avoir la stupidité d’être franc, oui j’assume. J’ai certes un coté Cyrano de Bergerac, une grande gueule qui n’a pas sa langue dans sa poche mais je préfère me voir comme un électron qui se veut libre. Si j’ai poussé des coups de gueule, c’était pour naïvement essayer de faire avance les choses, mais je ne suis pas un méchant. J’encaisse jusqu’à ce que le vivier déborde et alors je jette un pavé dans la Marne. Oui effectivement, sortir du rang n’est jamais bien vu …

 

Quels sont les personnes que tu es vraiment heureux d’avoir croisé sur ta route ? Et celles que tu aurais préféré ne pas avoir croisé ?

Le microcosme de la pêche est plein de requins pour un petit poisson rouge dans mon genre… La liste est longue dans les deux cas donc je garde mes amitiés et inimitiés pour moi ! Mais je suis heureux d’avoir croisé des Jérôme, Fabrice, Fréd, Robert, Fabien, Polo, David, Thomas, Romain, Benoit, Renaud, Nicolas, Gaël, Stéphane, Régis, Tanguy, Cyril, Numa, Olivier, Christophe, Yoann, Pierre, Paul et Jacques ainsi que Pêche-Partout.

 

Tu préfères prendre un poisson énorme, un record du monde, ou passer le reste de tes jours avec la nana de tes rêves mais sans pêcher ?

Sans hésiter ranger définitivement les cannes et passer des jours heureux dans les bras celle qui soigne et guérit la folie qui m’accompagne…

Stéphane est désormais le Comunity Manager de Pecheur.com

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