Salon de la pêche d’Osaka : la folie des pêcheurs au Japon

Nous avons eu la chance d’être convié au Japon par la firme Gamakatsu… sans même parler de leurs produits durant toute la semaine, juste pour découvrir la philosophie de cette marque. Petit retour sur ce voyage presque à l’autre bout du monde, totalement dépaysant en termes de culture de la pêche. Après une visite dans les nouveaux quartiers généraux de la marque pour s’imprégner des valeurs de Gamakatsu, puis une journée de pêche pour prendre nos premiers poissons dans les eaux japonaises, nous voilà partis pour deux journées de découvertes sur le salon d’Osaka, l’un des plus grands au monde, et surtout l’occasion de découvrir la démesure des marques leaders et les produits hallucinants de marques méconnues en France. Ajoutez à cela une fabuleuse découverte de la culture et la vie japonaise et nous sommes pas loin d’avoir découvert le paradis des pêcheurs ! Nous espérons pouvoir vous retranscrire au plus près cette fabuleuse découverte, bienvenue au Japon, peuple de pêcheurs.

Salon de la pêche d'Osaka
Le précieux sésame pour entrer au salon d’Osaka

Nous connaissons pratiquement tous Gamakatsu, la célèbre marque d’hameçons japonais que l’on pouvait retrouver dans nos magasins puisque distribuée par l’enseigne SERT en France durant quelques années. A vrai dire, la marque a petit à petit disparu de nos étals et son retour se prépare en grande pompe. Olivier Darot, personnalité du monde halieutique que ce soit en coulisse à travers son agence de communication, ou encore par ses expériences de rédacteur en chef (Grand Bleu) ou encore d’auteur sur Côt&Pêche et 1max2peche notamment, est devenu directeur des ventes et marketing de la marque en France et il va désormais travailler à sa réimplantation sur le marché français. Un travail de titan mais la qualité de la marque Gamakatsu sera un gros plus et nul doute que les pêcheurs français trouveront très rapidement leur nouveau matériel dans la gamme très étoffée de la marque. Car oui, Gamakatsu ne fabrique pas seulement des hameçons, comme nous le pensions en débarquant au Japon. Cannes, leurres, bagagerie et hameçons bien évidement, la gamme est large et c’est sans compter les marques Spro pour le carnassier, ou encore Strategy pour la carpe qui sont bien connues de certains pêcheurs européens puisque ces marques sont déjà distribuées en Europe. Tout cela est bien loin de l’image de la marque Gamakatsu que nous pouvions avoir en arrivant.

 

Départ pour le pays du soleil levant

Départ matinal de Marseille pour une première escale à Amsterdam, où nous retrouverons Olivier Darot, le futur responsable des ventes & marketing pour la France, ainsi que le directeur Spro et un responsable marketing hollandais, qui nous serviront de guides durant toute la semaine. Les présentations faites, nous voilà à nouveau dans l’avion pour faire la grosse partie du trajet, à savoir le trajet Amsterdam – Osaka qui va durer pratiquement 11 heures. Le temps de récupérer les bagages, faire 30 minutes de train pour rejoindre nos chambres d’hôtel au milieu du quartier animé de Nanba, nous voilà partis en direction des quartiers d’affaire pour découvrir les locaux de Gamakatsu et assister à un meeting avec le président de Gamakatsu, M.Fujii.

Salon de la pêche d'Osaka
Un peu plus de 11 heures de vol depuis Amsterdam.
Première vue du sol Japonais.

Quartiers généraux de Gamakatsu

Ce meeting réunit une trentaine de personnes venant d’un peu partout à travers le monde : les responsables américains de la marque, les responsables allemands, chinois ainsi que quelques privilégiés du monde de la presse dont nous faisons partie. Le meeting va commencer par un historique de la marque pour que chacun comprenne comment la marque a su évoluer au fil du temps (voir encadré). Première information, c’est monsieur Fujii, actuel président, qui a commencé la production d’hameçons sur une petite table en bois, qui trône fièrement au milieu de la salle de meeting. Pas de strass, pas de paillettes, l’heure est à l’humilité et c’est touchant de savoir que lui et sa famille ne mangeaient pas à leur faim au lancement de la marque. Plus d’un demi-siècle plus tard, cette entreprise est un poids lourd de la pêche au Japon mais l’homme n’a pas changé et les valeurs morales les plus importantes sont profondément ancrées en lui. Son envie de les partager à son équipe est une priorité. Pas de briefing sur les produits, nous ne verront pas de matériel ni même un hameçon, ce sont les valeurs de Gamakatsu qui sont mises en avant !
Après cette présentation de la marque, les journalistes sont invités à poser quelques questions à M.Fujii. Les américains vont parler marché et chiffres, la réponse étant gentiment bottée en touche puisque ce n’est pas la préoccupation principale du président qui préfère parler des valeurs portées par la marque depuis sa création. C’est alors à mon tour de prendre la parole, et comme je suis curieux du matériel, je demande quel est le produit dont M.Fujii est le plus fier personnellement. Là encore, réponse inattendue puisque sa plus grande fierté est… son équipe ! Le fait qu’il ait su leur transmettre les valeurs initiales qui ont fait de Gamakatsu l’une des entreprises de la pêche les plus puissantes au Japon et à travers le monde le rend vraiment heureux et fier.

Salon de la pêche d'Osaka
Olivier Darot et M. Hakama, président de SPRO.

Fin de l’interview, nous visitons les locaux et commençons à comprendre où nous mettons les pieds : univers raffiné, à la française, pas un hameçon ou une canne à pêche en vue, ici on travaille dans le calme et une atmosphère très française y règne au travers de la décoration. Une visite du bureau du président nous confirme tout cela avec une statue venant du Louvre, ou encore une encyclopédie Larousse complète sur les étagères du président, à côté de livres précieux, dont l’un existant à seulement 2 exemplaires. C’est un monde à part, un monde où la France est ambassadrice de la culture, un monde adoré par le président.

L’histoire de Gamakatsu

Tout commence en 1955 pour Gamakatsu, sur une petite table en bois avec des débuts très modestes. Ce n’est d’ailleurs qu’en 1960 que la marque se fait un nom et en quelques années elle passe de nombreux accords commerciaux lui permettant de prospérer. Dès 1970, l’entreprise fait ses premiers investissements dans la R&D pour fabriquer d’autres produits que des hameçons, notamment sur l’utilisation du carbone. Ensuite tout va très vite avec une première usine en Thaïlande en 1988, une en Chine en 1989, l’arrivée commerciale aux USA en 1992 à Seattle et l’arrivée de SPRO en Hollande en 1994 puis aux USA en 1997. Le développement commercial continue jusqu’en 2014 où une usine dédiée à la fabrication de cannes s’implante en Thaïlande. En 2016 la société est capitalisée à 74 millions de dollars et installe ses quartiers généraux à Osaka dans le quartier d’affaires. Une bien belle épopée !

Salon de la pêche d'Osaka
C’est sur cette petite table que les premiers hameçons Gamakatsu ont été formés.

Première pêche au Japon

 

Notre périple continue le lendemain avec une partie de pêche organisée au sud d’Osaka. Rendez-vous est donné au lever du jour dans un port industriel avant d’aller plus au large à la recherche des pagres en pêchant au rubber jig. Ce sont des conditions hivernales qui nous attendent avec du froid, du vent et de la pluie et neige mêlée pour nous accompagner tout au long de la matinée. La zone est connue puisque l’on peut observer de très nombreuses dérives sur le secteur sur l’écran du sondeur du bateau. La présence de nombreuses autres embarcations est également un signe prometteur d’une belle pêche et nous ne sommes pas loin d’une dizaine à pratiquer sur chaque dérive. Après un briefing du guide qui nous indique comment pratiquer la technique, à la sauce japonaise, nous voilà sur les premières dérives.

Salon de la pêche d'Osaka
Conditions difficiles mais l’équipe USA garde le sourire.
Salon de la pêche d'Osaka
Il y a eu quelques dérivent de faites sur la zone.

A la différence de la pêche pratiquée en France, il n’y a pas d’esches pour attirer davantage les pagres et les inciter à engamer, seulement la jupe du rubber jig qui joue l’attraction sur le poisson ce qui ne semble pas forcément jouer en notre faveur avec ces conditions difficiles. L’animation est également différente puisqu’elle consiste à envoyer le montage à une quinzaine de mètres du bateau, à attendre que le montage touche le fond et ensuite ramener doucement, de façon linéaire avec quelques pauses par intermittence tous les 10 tours de moulinet environ. Les premiers pagres vont se faire capturer tout de même, mais il faudra être patient et attentif pour espérer prendre un poisson.

Salon de la pêche d'Osaka
Montage local, sans esches.
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Au Japon, on conduit à gauche et on mouline à droite !

 

Sur la matinée de pêche, seulement 8 petits pagres de maximum 1 kilo seront capturés par 7 pêcheurs différents, Olivier ayant le bonheur de faire un deuxième pagre sur la dernière dérive récompensant ainsi sa persévérance puisque bon nombre de pêcheurs ont abandonné à cause du froid. Les 3 français n’ont donc pas démérité avec 4 des 8 poissons pris sur le bateau, mais en pratiquant d’une manière un peu différente de la méthode japonaise, plus proche de la méthode que nous pouvons pratiquer en Méditerranée avec quelques animations à la verticale. Les poissons sont petits, parfois même très petits, et on comprend mieux pourquoi on voit autant de pêches finess venir du Japon ! Niveau matériel, nous utilisons un moulinet casting, poignée à droite ce qui peut dérouter un peu de prime abord, et une canne haut de gamme Luxxe spécialement dédiée à cette pratique. Un vrai régal sur des petits poissons, et un maximum de sensibilité pour détecter les touches. Les échos nous montrent des poissons sur les différentes zones pêchées mais rien n’y fera, pas même une pêche au jig tentée par certains pêcheurs en quête d’animations plus actives car oui, les pêcheurs de bass américain ont été un peu dérouté par cette pêche lente et technique.

Salon de la pêche d'Osaka
Un des pagres pris lors de cette journée difficile.

Le salon de la pêche d’Osaka

Le jour suivant, c’est sur le salon d’Osaka que nous nous rendons pour découvrir l’ambiance de l’un des plus grands salons de la pêche au monde. En ce premier jour, seule l’entrée aux professionnels est permise mais cela fait déjà beaucoup de monde dans les allées. Les premières impressions sont nuancées, puisque le lieu en lui-même est un peu froid et pas spécialement mieux préparé qu’un gros salon français : sol brut, plafond et décors industriels apparents, il n’y a que les stands qui font vraiment la différence avec des structures bien plus grandes et complètes que ce que nous pouvons voir en Europe. Les stands sont beaux, bien achalandés, volumineux voir massifs, c’est une vraie claque. Côté produit, on en découvre quelques nouveaux, mais impossible de s’attarder autant qu’il le faudrait sur chaque stand, le salon ne durerait pas assez longtemps.

Nous parcourons donc les 3 halls principaux pour nous imprégner de l’ambiance générale du salon. Outre le fait que les moyens sont plus importants du côté des stands, la principale différence consiste en la présence de nombreux véhicules équipés pour la pêche et le bivouac, ainsi que la relative absence du monde de l’électronique, voire des motoristes et des embarcations. C’est un salon très typé pêche, absolument pas nautisme et à vrai dire, à part la marque de sondeurs propre à Honda, on ne verra pas un autre sondeur sur le salon ! Même chose côté embarcation avec la présence d’un seul bass-boat. Cette première journée permet de voir qui sont les forces en présence sur le marché japonais, et derrière les 2 mastodontes que sont Daiwa et Shimano, on retrouve un superbe stand chez nos hôtes de chez Gamakatsu, avec un raffinement bien français et une image très qualitative que nous comprenons mieux en ayant découvert la personnalité de son président M. Fujii la veille. Les catalogues sont par exemples distribués dans un sac en plastique, mat et au touché satiné, une vraie réussite qui montre l’image de la marque au Japon comme nous ne la connaissions pas en France.

Des pêches inconnues chez nous

Côté techniques de pêche, nous allons découvrir principalement deux nouvelles choses : le « Area Trout », propre à la problématique d’espace et d’efficience japonaise où ils utilisent des petits plans d’eau artificiels, voire même des piscines, pour pêcher la truite. La technique finesse est incroyable, le concept de pêcher dans ce genre d’endroits l’est beaucoup moins pour nos yeux occidentaux, mais cela correspond vraiment à la problématique de pêche sur les eaux intérieures. La deuxième technique de pêche découverte est une pêche absolument incroyable, un mélange de wading et de pêche au coup : le pêcheur se retrouve dans le courant d’une grande rivière canalisée, au courant assez soutenu et avec de l’eau jusqu’au nombril, voire plus. A l’aide d’une grande canne, type canne au coup, le pêcheur pratique ainsi cette pêche physique sur des petits poissons de 20 à 30 centimètres.

Le deuxième jour du salon, ouvert cette fois-ci au public, nous apportera de nouvelles découvertes. C’est tout d’abord la foule qui nous impressionne puisque très rapidement, dès le matin, il devient difficile de se déplacer dans les allées et certains stands sont pris d’assaut. Tellement pris d’assaut qu’il faut même parfois faire la queue pour pouvoir rentrer dans le stand ! Totalement incroyable et du jamais vu pour nous jusque-là. L’autre point nous ayant surpris, c’est la quantité d’animations présentes sur les stands. Sur les plus gros stands comme chez Gamakatsu ou Daiwa, il y a un plan des différentes zones importantes sur le stand, ainsi qu’un planning des animations. Des animations, car à un instant T, il peut très bien y avoir une conférence sur la scène principale, des explications détaillées d’un prostaff, ainsi qu’un tirage au sort dans une autre partie du stand. De l’animation, beaucoup d’animations, et du coup beaucoup de choses à voir hors matériel de pêche. Nous verrons d’ailleurs souvent des jeux de type « Shifumi » pour gagner des lots, sur la majorité des stands, un concours de résistance de nœud de pêche, des loteries et autres tirages au sort… il y en a pour tous les goûts et sur tous les stands !

Des cours de pêche !

Autre particularité, un quatrième hall ouvert pour les enfants, apprenti-pêcheurs et pêcheurs désireux de se perfectionner. On va y retrouver pêle-mêle des jeux de pêche pour les enfants, mais aussi une école de pêche où l’on peut assister à des conférences pour apprendre à pêcher et une idée très intéressante d’ateliers pour apprendre à utiliser du matériel. Un peu comme à l’école, un professeur non affilié à une marque avec un tableau, des étudiants en face de lui, et ils vont apprendre à réaliser un montage ou utiliser une technique de pêche. Environ 5 « cours » de ce type se déroulent en continu tout au long du week-end, et après renseignement pris, les marques sponsorisent cet évènement non pas en mettant leur pro-staff à disposition, mais en payant la présence de leur matériel dans ces cours. Tout n’est pas parfait, mais c’est une très bonne chose et les japonais ont bien compris qu’il faut former des pêcheurs et leur apprendre à utiliser le matériel avant d’essayer de leur faire acheter du matériel qu’ils ne sauront pas utiliser. La présence de jeunes, voire très jeunes, et de femmes, nous montre le chemin à parcourir pour que la pêche soit un loisir ancré pour de nombreuses générations.

Salon de la pêche d'Osaka
40 minutes de cours de pêche.
Salon de la pêche d'Osaka
Un des 4 ateliers sur l’utilisation des produits.

Femmes et enfants … adeptes de la pêche !

Le nombre d’enfants et de jeunes, sans distinction de genre, est frappant par rapport aux salons européens. C’est certainement de ce fait que la pêche est autant ancrée et pratiquée au Japon, la relève est assurée de génération en génération.

Les femmes ne sont pas en reste puisqu’une bonne partie d’entre elles n’étaient pas seulement accompagnatrices, mais bel et bien des pêcheuses à l’œil aiguisé sur le nouveau matériel. Nous avons d’ailleurs eu l’occasion de croiser un bateau de pro staffs uniquement féminines qui réalisaient un tournage lors de notre partie de pêche.

Autre particularité, de belles hôtesses sont systématiquement présentes sur chaque stand pour distribuer les catalogues et attirer les objectifs des photographes.

Un magasin de pêche hallucinant !

Sur le retour, un petit détour par un grand magasin de pêche va finir de nous convaincre que ce pays est un pays de pêcheurs. Des rayons remplis, du sol au plafond sur des centaines de mètres carrés. Le rayon turluttes offre un choix incroyable, les leurres souples sont différenciés par marques tellement il y a de choix, les moulinets se comptent par centaines et on peut même en avoir certains en vrac comme on pourrait acheter des leurres chez nous. Tout est là, en quantité, avec un choix extrêmement large pour n’importe quel accessoire et c’est vraiment incroyable à voir ! Étrangement, seuls les rayons amorces et appâts vivants nous semblent communs à ce que nous connaissons en Europe. A l’instar du salon, les catalogues des marques sont également payants, chose à laquelle nous ne sommes pas habitués en France.

Au japon, tout est dans une dimension supérieure : les salons, les pêcheurs, le matériel, les magasins… tout est plus grand !

A travers ce séjour à la découverte du japon, il nous est plus facile de comprendre beaucoup de choses qui n’étaient jusqu’alors que des curiosités pour nos yeux occidentaux. La quantité et la taille des poissons présents expliquent le besoin pour les pêches techniques et finesse par exemple. Et en éduquant le pêcheur depuis son plus jeune âge, sans distinction de genre, la pêche est un loisir populaire et économiquement puissant au Japon, ce qui leur permet d’avoir des salons impressionnants, des magasins gigantesques, et des marques sur le devant de la scène internationale. Un bien bel exemple à suivre…

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