A l’assaut du requin, et de ses carpes de 1ere catégorie

Sous ce titre ne voyez aucune allusion à une pêche exotique en eau lointaine, mais je vous invite à une pêche en France profonde sur un lac de barrage qui a la particularité de ressembler étrangement à un requin vu du ciel! En plus de sa forme atypique ce lac présente des berges très inclinées, un classement en 1ère catégorie, un marnage extrême (près de la moitité de sa profondeur chaque automne), et aucune donnée connue avant le début de la pêche…

Tout commença face à une carte, en distinguant une petite forme bleue. La tâche est petite, mais son découpage laisse peu de doute sur le sujet : c’est un lac de barrage plutôt escarpé ! Je me rends sur place : nous sommes bien en moyenne montagne et la voie d’accès descend fortement mais un chemin très pratique fait le tour sur la moitié du lac. Les berges sont abruptes et je vois enfin le lac, pas très large, mais impressionnant quand même car il est rempli à fond, complètement entouré d’arbres et de buissons, et pour l’instant je ne vois aucune trouée sur les berges!

Pêche de la carpe en 1ere catégorie
Voici le lac et sa forme particulière de requin !

Je finis en queue de lac après à peine 2 km, donc la taille est modeste pour un barrage, mais en 2 km je n’ai vu que 3 accès à l’eau. J’élimine la queue de lac, car je préfère quand les poissons peuvent venir de plusieurs côtés, j’élimine aussi un poste « normal » sur une berge droite, pour finalement choisir l’entrée d’un bras. Je pourrais ainsi pêcher ma berge et celle d’en face, ça fera plus de possibilités que les autres postes. En plus les poissons pourront venir de gauche, de droite, du large et du bras.

1ère nuit… fatigante

Nous sommes fin mai, les poissons bougent déjà sans aucun doute, je vais donc commencer par quelques amorçages préalables. Je pense qu’il y a peu de pêcheurs de carpe (d’ailleurs je n’en verrais pas un durant mes sessions) mais mes appâts seront des bouillettes car je sais que contrairement aux idées reçues c’est très efficace même pour les carpes peu habituées, du moment où l’on amorce 1 semaine en avance. Mes spots sont classiques : berge du bras en face, ma berge du bras, berge du « grand » lac un peu plus loin, et en face de moi dans environ 15 mètres de profondeur. Les 3 autres lignes seront elles à moins de 5 mètres du bord. Je procède comme à mon habitude : amorçage le dimanche sans se presser en prospectant, ensuite mardi, puis jeudi la veille de ma pêche. Les 2 premiers sont faits avec 6 kg de bouillettes, le dernier avec moitié moins.

Enfin vendredi soir me voilà au bord avec les cannes, j’ai le lac pour moi seul ! Trois cannes se posent dans le petit accès au lac entre les buissons, avec les waders pour les installer dans l’eau car l’ouverture est étroite. Pour la 4e je la laisse sur le bord du chemin, elle pêche en contrebas près du bord et il faudra descendre sur quelques mètres à travers les ronces en cas de poisson. Poisson qui ne tardera pas d’ailleurs, il fait encore jour et cette fameuse canne démarre furieusement et la carpe est déjà 10 mètres sur le côté, emmêlée dans les buissons baignant quand je prends contact. Un combat pénible s’ensuit, en force et à travers les branches pour épuiser enfin ma première carpe, une commune de 7 kg. C’est déjà bien, par contre je crains la population de poissons sauvages sans spécimen… Le clip plomb est littéralement fendu, ce qui ne m’étais jamais arrivé sur un Korda qui avait jusqu’à maintenant résisté à tout, mais apparemment la brutalité de ce poisson en a eu raison. Je replace tout ça dans 1 mètre d’eau, je vois encore la bouillette sur le fond malgré la lumière tombante !

En tout cas les poissons sont magnifiques, avec une bouche énorme prouvant leur habitude à manger sur des cailloux, et je suis ravi de cette première fois !

Pour résumer ce fût une nuit épique : j’aurais en plus du premier 8 autres départs, de façon régulière jusqu’au lever du jour où tout d’arrêta. Il y en a eu un sur la berge en face, puis plus du tout sur cette ligne, je soupçonne de ne pas l’avoir relancé assez près du bord mais en pleine nuit difficile à vérifier. J’ai eu 2 départs sur ma canne de bordure du « grand » lac, dont une décroche dans les arbres baignant, et aucune touche sur la canne en profondeur. Donc tout le reste se passa sur ma canne des ronces, très pratique ! A la fin j’avais tellement fait de passages que le gravier s’écroulait sérieusement dans l’eau quand je reposais le montage, et j’ai finis dans une position délicate, avec la jambe dans l’eau dans le noir sur une berge à 60° de pente ! En plus à chaque départ je perdais le plomb, le clip cassait et les poissons étaient d’une vitesse que j’avais très rarement vu jusqu’ici, même en rivière : les départs faisant penser à ceux de silures ! Quatre poissons pesaient entre 9 et 11 kg, et deux autres plus petits. La moyenne n’est pas catastrophique car en milieu « sauvage » on peut trouver pire, d’autant qu’il y a avait seulement 2 communes. Par contre ce gabarit assez précis me fait penser que c’est la même génération, et je doute de la présence de plus gros… En tout cas les poissons sont magnifiques, avec une bouche énorme prouvant leur habitude à manger sur des cailloux, et je suis ravi de cette première fois ! La fraye n’était pas finie d’après la semence sur le tapis, et je pense que les poissons étaient encore en pleine bougeotte printanière ce qui explique l’efficacité de l’amorçage préalable car les carpes l’ont trouvé sans doute dès le 1er jour et ont eu le temps de s’accoutumer pour me permettre cet enchaînement.

Pêche de la carpe en 1ere catégorie
Premier poisson du lac

2e nuit, décevante.

Je n’ai pas pu revenir de suite, et ce n’est qu’un mois après, en juillet que je prévois une nouvelle nuit, donc je commence les amorçages en avance. Le lac a baissé d’un mètre, et je pu m’installer royalement par-rapport à l’autre fois. Je constaterais plus tard que le niveau d’eau ne fait pas le yoyo, mais à partir de juin les agriculteurs du coin pompent l’eau, donc il baisse régulièrement jusqu’à la moisson du maïs en automne. J’applique la même technique et les mêmes spots. Malheureusement le résultat ne sera pas identique : seulement deux départs dans la nuit, dont une décroche dans des buissons immergés et une petite commune de 9 kg.
Certes c’est l’été et les carpes se déplacent sans doute moins qu’au printemps et/ou sont plus éparpillées, mais je me pose donc de sérieuses questions sur le potentiel de ce lac, d’autant que j’appris que la mise en eau est récente, datant des années 90.

Pêche de la carpe en 1ere catégorie
La plus belle miroir de cette 1ere nuit, 10.5 kg juste devant le petit accès au lac

Retour en automne

Je laisse l’été passer, peu motivé sur ce lac il faut bien le dire. Mais septembre est le dernier mois de pêche (1ère catégorie) et je voudrais quand même essayer une nouvelle fois à cette saison pour confirmer ou non la population. Arrivé sur les lieux la surprise est grande : les cultures de maïs ont du être bien arrosées car il manque plus de 15 mètres d’eau, ce cimetière de souches et de pentes à découvert est saisissant ! Je m’aperçois que l’angle des berges est très fort (+ 45 °) presque partout, sauf un plateau sur la berge inaccessible et un sur mon poste du printemps, où l’entrée du bras forme une pointe qui descend moins vite que le reste. Sur la droite des énormes buissons noyés à découvert expliquent le poisson raté de la dernière nuit. Le lac perd beaucoup de longueur et de superficie, et en forçant je peux presque atteindre la berge en face, cela fera un nouveau spot. Il remplacera la canne gagnante du printemps qui est dorénavant inutile, car elle barre un bras qui n’existe plus vu le niveau d’eau manquant ! J’ai ma stratégie, il ne manque plus qu’à amorcer, toujours avec des bouillettes, environ 7 kg par amorçage.

Pêche de la carpe en 1ere catégorie
De retour avec un mètre en moins, confortable pour installer les cannes

Le vendredi arrive, 3 amorçages ont été fait et la confiance est au maxi ! J’ai donc une canne sur la berge du petit bras en face dans peu d’eau, deux devant moi à 5 et 20 mètres, et une sur la berge en face, à au moins 5 mètres de fond d’après le temps mis par le plomb pour tomber.

A peine la nuit tombe que la canne en face démarre, pour un décrochage après avoir ressenti des frottements, sans aucun doute à cause d’un mauvais angle donné à la ligne par une souche. C’est dommage, mais bon signe car je ne suis pas habitué à une telle différence de niveau selon les saisons et je crains que cela ne coupe l’appétit des carpes ou leur donne des habitudes incompatibles à leur prise. Mais mes craintes seront vite balayées car je ne vais pas beaucoup dormir : les départs se feront très régulièrement, sur toutes les cannes sauf celle dans + de 10 mètres de fond. Et la moyenne est meilleure qu’au printemps, une petite et 3 poissons entre 10 et 13 kg, ça fait une très bonne nuit jusqu’à maintenant. Quand vers 4 h du matin ma ligne juste devant démarre à nouveau, et je sens un combat plus lourd que les autres, avec un poisson qui plie la canne sans jamais donner de mou. Mais en laissant ma canne bien haute pour éviter les souches il suffit d’être patient, les poissons ne décrochent jamais, le départ rapide et leur gueule dure font bien le job. Je vois enfin arrivé dans le faisceau de ma lampe une gueule impressionnante jusqu’à mon épuisette, c’est la taille supérieure ! Les lèvres et la tête sont larges, sans aucun doute en raison de l’environnement du poisson : se nourrir sur des cailloux donne ce résultat. Le peson confirmera une miroir de 16.5 kg, preuve que toute la population ne se tient pas dans le même gabarit. La nuit se finira avec ce poisson, et c’est une super séance photo qui m’attendra le matin, l’automne fait mieux que le printemps !

Pêche de la carpe en 1ere catégorie
Premier couché de soleil en automne
Pêche de la carpe en 1ere catégorie
Cette carpe de 13 kg que j’avais déjà prise au printemps

Nuit finale

Bien sûr cette dernière pêche donne envie de recommencer, et là je n’ai pas le choix il reste un seul weekend avant la fermeture. Je continue mes amorçages la semaine, sans rien changer et me voici à nouveau vendredi soir en place. Au début sur seulement 2 spots en attendant tranquillement que 2 pêcheurs de carnassiers plient pour installer les 2 autres lignes.

Ca commencera comme la nuit précédente, à peine la nuit tombée qu’un départ se produit sur la berge en face. Puis une heure après sur la canne à l’entrée du bras, et ensuite seulement sur la canne devant moi près du bord. C’est le montage sur le fond le moins pentu, peut-être l’amorçage reste t’il plus longtemps et expliquerais les meilleurs résultats sur ce spot? La nuit donnera 2 poissons de moins de 10 kg non retenus en sac, et 3 poissons entre 10 et 12 kg, bien calibrés. Pas de poisson à nouveau hors catégorie lors de cette dernière nuit, mais pour conclure, les départs réguliers de ces 2 nuits ont présenté un petit potentiel de carpes qui a tout de même l’air intéressant ici. Cet essai en barrage inconnu reste une réussite, des combats très violents et des poissons surprises et magnifiques, ça donne envie d’approfondir, mais ce sera l’an prochain …

Pêche de la carpe en 1ere catégorie
La belle miroir de cette nuit, singulière dans cette eau
Pêche de la carpe en 1ere catégorie
Massive et large, avec une gueule impressionnante
Pêche de la carpe en 1ere catégorie
On voit bien ici la baisse de niveau

Quelles leçons en tirer ?

Un récit c’est bien sympa, mais que peut-on en conclure ? Bien entendu il est difficile de tirer des conclusions sur une situation, mais nous sommes pêcheurs, et forcément on analyse ce qu’il s’est passé pour orienter nos prochaines pêches !

Le plus important pour moi était ma crainte en automne qu’un niveau descendu de 15 mètres par-rapport au printemps effraie les carpes et les rendent méfiantes, ou leur fasse perdre l’appétit. Et bien pas du tout, les carpes se sont adaptées sans problème, peut-être car la baisse n’était pas brusque mais régulière sur 3 mois ? Ce fut même bénéfique car la surface restreinte du lac a semble t’il plus rassemblé les poissons.
Ensuite, comment estimer une population ? Les 2 premières nuits du printemps m’ont donné deux indications : une population importante de petits poissons. Finalement les 2 pêches automnales m’ont fait penser l’inverse ! Les poissons sont moins nombreux et ne sont pas si petits que ça, avec une moyenne a 10 kg c’est notamment plus élevé que dans la majorité des rivières et barrages abritant des bancs de commune entre 5 et 8 kg. Mais je reste déçu par le nombre, car 2 poissons sont les mêmes et ont été repris, et finalement le nombre de départs n’est pas si exceptionnel pour penser à une grosse population. Par contre ces poissons repris ont bien grossi, entre 2 et 3 kg en 3 mois, c’est bon signe alors qu’il n’y a pas d’indice évident de nourriture naturelle, à part quelques écrevisses. Le marnage exclue les coquillages, mais donne peut-être de la nourriture aux poissons lorsque le niveau remonte. Enfin une population calibrée n’exclut pas une exception, comme ce poisson de 16.5kg dont la largeur indique que c’est sans conteste la catégorie au-dessus des autres. Cela s’est vérifié dans beaucoup d’eaux que j’ai pratiquées, il y a très souvent au moins un poisson exceptionnel sur une population.

En ce qui concerne ce plan d’eau on ne peut pas avoir un avis définitif, mais ça reste très encourageant, et je ne peux que vous inciter si ce n’est déjà fait à explorer les moindres points bleus de votre carte, même s’il n’y a pas de pêcheur, et même si ce n’est pas en 2e catégorie et qu’il n’y aucun signe de carpe !

Pêche de la carpe en 1ere catégorie
Au revoir, dernière pêche et dernier poisson de l’année
Pêche de la carpe en 1ere catégorie
Grosse tête pour cette miroir de barrage de 12 kg

 

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