Quand l’imprévu mène aux rêves

En septembre dernier mes lignes allaient croiser le chemin d’une grande carpe du Salagou, un rêve qui planait dans le fond de ma tête allait se réaliser et me porter dans un monde parallèle, celui où nos pieds ne touchent plus terre, où l’instant reste figé sur l’image d’un poisson. Un poisson que je rêvais de caresser un jour, sans trop y croire, car sur 750 ha d’eau, le destin ne s’annonce pas, et frappe à notre porte lorsque nous nous y attendons le moins! Voici le récit d’un rêve qui se réalise, alors qu’il n’aurait jamais du avoir lieu…

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12 septembre 2014, 6h du matin…

Me voici au bord du lac du diable, sa majesté le Salagou, je commence par m’arrêter observer le fond de la baie d’Octon, je suis venu pêcher le week-end dernier et beaucoup de poissons s’étaient manifestés en fond de baie, mes deux nuits s’étaient avérées productives. Cela aurait du être ma dernière pêche avant trois semaines d’abstinence pour cause, les vendanges devaient démarrer le mercredi 10, mais un coup de téléphone allait tout changer et me permettre de revenir ce week-end, pour une petite pêche « bonus »… En effet le viticulteur pour qui je dois vendanger m’a appelé le mardi soir pour m’annoncer que nous ne commencerions que le lundi suivant, A peine raccroché, je jetais un coup d’œil à la météo qui prévoyait un beau week-end, du soleil et peu de vent, il n’en fallait pas plus pour que l’envie de refouler les terres rouges m’envahisse.

Le week-end précédent j’avais décidé de pêcher le fond de la baie d’Octon car avec le niveau d’eau bas, le fond de baie n’avait presque pas été pêché durant la période estivale, mon choix s’était avéré être le bon. Ce matin encore, de nombreux poissons se manifestent, mais je n’aime pas pêcher deux fois de suite le même secteur, j’ai envie d’aller voir ailleurs, je décide donc d’aller jeter un coup d’œil dans la baie des Vailhés, avec la zone de baignade et les nombreuses planches à voile qu’il y a eu tout l’été il y a de bonnes chances pour que les carpes y aient également trouvé refuge, loin de carpistes. A peine arrivé à la sortie de la baie, 30 minutes d’observation m’auront suffit à voir plusieurs poissons sauter, ma décision est prise, je charge le zod et pars m’installer vers la sortie de la baie. Arrivé à 40 mètres du poste, j’aperçois un arbre sous la surface, je sors un repère et le place au milieu de celui ci, je n’ai pas encore accosté et j’ai déjà un super spot à pêcher, on peut dire que ça commence bien, de plus il fait beau et il n’y a pas de vent, ça change des conditions habituelles et ça fait du bien!

 

Une pêche sans pression

Une fois le matériel déchargé sur le poste, je m’empresse de monter le parapluie et de tout mettre à l’ombre du filet de camouflage. J’ai envie de la prendre cool pour une fois, je me fais donc un café en montant les cannes, j’irais ensuite placer deux montages et j’attendrais le soir pour les deux autres, des fois que d’autres poissons se manifestent dans la journée. Je vais commencer par pêcher les deux zones sur lesquelles j’ai observé des sauts, l’arbre immergé marqué du repère et un peu plus loin en pleine eau, aux environs de l’ancienne route.

Il est maintenant 10h, mes deux cannes sont en action, une quelques mètres devant l’arbre et l’autre à côté d’une bosse dans 4,5m d’eau le long de l’ancienne route. Je suis confiant pour ces deux cannes car les repères sont placés là où les poissons se sont manifestés au levé du jour. Je finis d’installer mon campement et m’installe à l’ombre pour manger et passer l’après midi tout en pouvant observer le lac.

C’est bien connu, dans le sud après manger, une petite sieste s’impose, si tôt les yeux fermés, un détecteur s’affole, puis le deuxième! Je sursaute du level et bondit en direction des cannes, mais c’est une fausse alerte! Ce n’est qu’un véliplanchiste qui vient de se prendre dans mes deux tresses, en même temps en passant à 15 mètres du bord devant des cannes à pêche, c’est un peu inévitable, enfin bon, rien de grave, au moins il a tiré sur les moulinets et non sur les montages, sauf que monsieur m’engueule! ( il est vrai qu’étant le seul pêcheur sur plusieurs km de berge, avec deux cannes j’occupais toute la place…). Il en faudra davantage pour gâcher mon week-end, je commence à être rodé avec ce genre d’individus!

 

Rendez vous avec le destin!

Vers 15h, alors que je suis en train de préparer mes montages pour les deux cannes restantes, un groupe de cyclistes s’installe à côté de moi pour se rafraîchir, pas le temps pour eux de mettre un pied à l’eau, un vrai départ se produit, le scion de la canne est cintré! Dès la prise de contact, je sens qu’il y a quelque chose de sérieux au bout, c’est lourd, sans hésitation je monte dans le zod et fonce au dessus du poisson. Arrivé à l’aplomb le combat est lent, le poisson tient le fond, très vite je parviens à la faire monter sous le zod, elle se retourne un mètre sous le bateau, me laissant juste le temps de l’apercevoir furtivement, de quoi lever le doute, c’est bien une carpe, et ça fait plus de 20 kilos, mais surtout elle vient de comprendre qu’elle était piquée! C’est à présent un démon qui sonde et me sort du fil, je tente de la suivre au moteur pour éviter la décroche, à plusieurs reprises je parviens à rentrer la tête de ligne sans jamais réussir à la faire monter en surface, le combat est âpre, mes bras commencent à souffrir.

Le poisson monte enfin, d’un coup, la carpe arrive en surface, à plat devant moi à environ deux mètres du zod, à la vue du poisson, il faut dire ce qu’il est, je suis resté con! La mâchoire au fond du zod, je n’ai même pas eu le réflexe de prendre l’épuisette! Je suis resté littéralement scotché devant la taille du poisson! Il ne lui en a pas fallu plus pour replonger et redémarrer le rodéo. Le temps qu’elle replonge, je reconnais immédiatement la grosse miroir du lac! Je me souviendrais toujours de ce que j’ai pensé à ce moment là « Mon dieu! C’est la miroir! T’as un fish de 28/30 kg au bout de la ligne », je pense qu’il est inutile de vous décrire l’angoisse qui a suivi ce moment, la peur de la perdre me glaçait, cela aurait été un drame! En une fraction de seconde, j’ai repris mes esprits, avec un seul mot en tête : « assure! »

Même si le vent n’était pas trés fort, il a suffit à compliquer le combat, et surtout, un combat qui s’éternise accentue les risques de décrocher. Le poisson est monté à plusieurs reprises, en replongeant aussitôt, comme pour me rappeler que j’avais manqué ma chance au premier essai, je n’ai aucune idée du temps que j’ai passé sur l’eau, mais cela m’a paru trés long!
Quand enfin cette miroir massive est rentrée dans les mailles du filet, le soulagement à été énorme, elle était là, à moi! Maintenant je pouvais y croire, c’était fait, un rêve venait de se réaliser!
Je suis rentré au bord comme sur un nuage, plus rien n’existait, j’avais comme des œillères, je ne voyais plus personne, ni les cyclistes, ni les baigneurs, je ne voyais que le poisson et cette terre rouge, ainsi que ces quelques mots que j’ai du répéter 200 fois en 15 minutes « c’est un truc de fou!! ».

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« Nico… j’ai besoin d’un peson et d’un deuxième tapis! »

Une fois le poisson dans un sac de conservation bien sécurisé, tout cela avec l’aide de ma douzaine de cyclistes spectateurs, mon premier sms a été pour ma chérie, le second pour demander à mon pote Nicolas Navarro qui avait touché ce poisson deux ans auparavant de venir avec un peson et un tapis! Je sais que mon peson me vole quelques centaines de grammes, rien de bien méchant mais sur ce poisson, je veux savoir, pour moi! De plus, même si j’ai l’habitude de faire mes photos seul, j’ai préféré opté pour le joker « appel à un ami », je sais d’avance que je ne pourrais pas porter le poisson longtemps, il va falloir aller vite, et l’aide de Nico ainsi que d’un deuxième tapis de réception ne seront pas de trop!

Nico n’a pu venir qu’après son boulot (qu’il a quitté plus tôt que prévu d’ailleurs), j’ai passé 3h à tourner en rond pris de rires nerveux! Qu’est ce que ces moments sont magiques, ce n’est pas le poids du poisson qui amène à cet état mais l’aspect démesuré d’un tel poisson, son côté rare, qui en font un moment unique! Le temps que Nico et son frère arrivent, le soleil était déjà parti derrière les montagnes, rien de bien top pour la séance photo, mais trés franchement, cela n’avait aucune importance pour moi, le plus important restait la capture de cette géante, et je n’avais qu’une envie, la contempler et la voir repartir à l’eau, le reste n’étant qu’accessoire! Le peson solidement installé, l’instant de vérité allait sonner, lorsque l’aiguille s’est arrêtée à 28,8kg, j’étais en plein rêve! Voir ce chiffre s’afficher avec comme cadre ces collines rouges, c’était juste démentiel! Une fois les images saisies, il est temps de laisser repartir cette géante dans son élément, elle a encore du plaisir à donner à d’autres pêcheurs! A ce moment là, quoi qu’il en soit il est évident que ma pêche est faite! Rien ne pouvait m’arriver de mieux, et surtout rien n’aurait pu venir gâcher ce moment.

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J’ai passé deux ans à traquer ce poisson, en ce début d’année alors que nous étions en pêche avec Nico, je lui avait clairement annoncé que je n’en avais plus rien à faire de cette carpe, elle se faisait prendre trop souvent à mon goût, mais une fois dans mes bras, je dois bien avouer que les nombreuses captures précédentes réalisées par d’autres pêcheurs n’avaient plus aucune importance à mes yeux, la magie était là! Il n’y avait plus que le poisson, le souvenir du combat et un pêcheur heureux! Je n’ai évidemment pas trouvé le sommeil facilement cette nuit là, j’ai savouré mon instant, en fin de nuit une commune de 12kg a mordu au pied de l’arbre, la pauvre m’a semblée bien petite, et mes bras l’ont trouvé bien plus légère, mais c’est une carpe du Salagou et chaque poisson de ce lac me fait plaisir! Je n’ai rien pris de plus durant le week-end, mais qu’importe, l’exceptionnel était vécu, le souvenir restera gravé à jamais!

Le plus incroyable dans tout cela, est bel et bien que je n’aurais jamais du être à la pêche ce jour là, puisque si tout s’était passé comme prévu j’aurais été dans une vigne à couper du raisin! Les imprévus font partie de la vie et certaines décisions vous font prendre le chemin du bonheur, comme le fait de ne pas repêcher dans la baie d’Octon, mais de continuer dans ma démarche de chercher le poisson ailleurs, sur des zones laissées tranquille durant l’été, il n’y a pas à chercher d’explication à cela, les choix ont étés les bons, ce poisson devait juste être pour moi ce jour là!

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