Quand les pêcheurs pro dézinguent le silure…

On vous avait déjà relaté l’article paru sur le site de la fédération des pêcheurs professionnels (lire ici). Dans ce petit article, le CONAPPED (Comité National de la Pêche Professionnelle et Eau Douce) invite ses lecteurs à effectuer des prélèvements stomacaux sur le silure, photos à l’appui, pour lui coller une image encore pire qu’elle ne l’est déjà (Au passage, il circule également des photos de brochets avec un caneton dans l’estomac). A la fin de l’article, le mail de l’organisme est écrit, et ils ont déjà reçus plusieurs mails d’internautes, pêcheurs amateurs, mécontents de cet article que l’on peut qualifier d’honteux pour un tel organisme. Voilà la réponse à un de ces mails. La réponse est de loin plus mesurée que l’article, sauf que la réponse est personnel, alors que le site est visible par tous. Alors pourquoi ne pas remplacer l’article par le contenu de cette réponse?

 

 

Bonjour,

Merci d’être des lecteurs de notre site, le pecheurprofessionnel.fr. Même s’il est en accès libre, consultable donc par le plus grand nombre, nous l’avons conçu pour tenir informés principalement les pêcheurs professionnels de l’actualité de la filière. Nous avons peut-être des réflexes d’écriture propres à ce lectorat. Quoi qu’il en soit, nous nous réjouissons d’avoir un panel de lecteurs divers et variés.

Ceci dit, l’expansion des populations de silures nous préoccupe. Nous nous interrogeons sur les effets de sa présence sur les milieux aquatiques. Comme nous nous posons des questions sur l’explosion démographique des populations d’écrevisses américaines et des autres espèces dites invasives. Il ne fait pas de doute aujourd’hui que ces écrevisses exotiques ont contribué à la disparition, dans nombre de zones, des écrevisses autochtones.

À ce jour, le silure a fait l’objet, en France, de quelques études scientifiques (Valadou, 2007, Dauba 2009, et Epidor en 2012). Celles-ci ont permis de connaître un peu mieux le silure, ainsi que son extension sur le réseau hydrographique français. Cependant aucune n’a déterminé sa place dans le réseau trophique, ainsi que son hypothétique impact (celui-ci pouvant être nul) sur les populations piscicoles. Ces études ont conclu qu’il était nécessaire de continuer à l’étudier et notamment par des analyses de contenus stomacaux en toutes périodes de l’année.

Nous n’avons, à l’heure actuelle, pas encore d’arguments scientifiques irréfutables prouvant que les silures consomment en abondance poissons sédentaires et migrateurs, pas plus que nous n’avons d’éléments définitifs sur ses éventuels impacts sur une partie de la biodiversité. Nous attendons avec impatience les résultats des études en cours. Ce sera alors le bon moment de nous réunir tous ensemble autour d’une table pour évoquer nos intérêts respectifs. Nous travaillerons dans l’intérêt de tous, comme nous pouvons le faire, par exemple, dans le cadre du plan de gestion anguille, auquel nous participons activement.

Nous ne voulons pas le classement du silure dans les espèces nuisibles. Il est un formidable poisson pour vous pêcheurs sportifs. En aucun cas, nous ne remettons en cause vos pratiques. Nous ne voulons pas plus détruire les populations de silures. Nous en pêchons, nous en vendons, toujours dans le respect de la réglementation, faut-il rappeler. Il est pour nous, pêcheurs professionnels, un poisson à valoriser au mieux, d’un point de vue culinaire notamment. Sa chair a sa place dans une assiette, au même titre qu’un sandre ou un brochet. Nous et nos familles n’avons aucun intérêt à vider les eaux de leurs silures.

Les milieux aquatiques n’ont pas besoin de polémiques entre les différentes catégories de pêcheurs. Nous serions plus efficaces à unir nos discours et nos forces pour lutter contre les pollutions qui portent plus sûrement préjudices aux ressources.

L’objectif de notre article n’était nullement d’opposer deux catégories de pêcheurs. Nous pensons sincèrement qu’il y a de la place pour toutes les catégories de pêcheurs. Il nous a paru légitime, dans une démarche de défense de notre profession, de jouer là notre rôle de « lanceur d’alerte ». 

Cordialement,

Le CONAPPED

2 commentaires

  1. J’ai eu cette même réponse et leur ait fait remarquer que leurs articles n’étaient effectivement pas, uniquement lu que par la profession, et qu’ils devraient en tenir compte dans leur discours. Que d’éventrer des poissons sur les berges était rigoureusement interdit et que le silure était consommateur de crustacés donc de crevettes américaines.

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