Un printemps massif et des carpes aussi

Le printemps sonne le réveil des carpes qui s’activent avant la fraie. Avec mon ami Mickaël Vanvynkt, nous discutions depuis longtemps de la mise en place d’un gros amorçage. La météo stable de ce printemps 2014 nous offre une fenêtre de tir parfaite. Nous testerons d’abord l’approche en pêche courte sur le Rhône avant de la déployer lors d’un 48 heures dans un lac aux eaux claires.

La première étape se déroule donc sur le Rhône lors du second week-end du mois de mai. Une seule journée de pêche est programmée, à deux, sur un poste de passage où seules quatre cannes peuvent pêcher correctement. Quelques jours avant, Mickaël m’a passé un coup de téléphone pour me convaincre de tenter un coup de poker : benner 15 kilos de maïs et 3 kilos de bouillettes à 10 mètres du bord, sur un linéaire de 30 mètres, 24 heures avant la pêche. Il n’a pas besoin d’argumenter trop longtemps pour me convaincre et nous choisissons ensemble le poste qui pourrait nous accueillir.

La zone est restreinte, encombrée et le courant soutenu. Si nous ne connaissions pas le secteur, nous ne parierions pas beaucoup sur la présence de carpes. Mickaël s’installe au lever du jour et touche rapidement un barbeau. Aurait-on abusé sur le maïs ? Si c’est le cas, la journée risque d’être longue ! J’arrive sur place quelques minutes après et installe mes cannes à l’aval. Etrangement, les barbeaux ne se manifestent plus, il n’y a aucun signe d’activité et les détecteurs restent muets pendant trois longues heures. Le doute s’installe sur la stratégie employée lorsque j’enregistre la première touche. C’est une commune maillée autour de 13 kilos qui ouvre le bal. Nous voilà rassurés, d’autant plus que Mickaël, à l’amont, double la mise quelques instants plus tard avec une commune d’un calibre plus commun. Le doute est effacé et nous voilà regonflés à bloc pour la suite de la journée.

 

Récit d'un début de saison réussi pour la pêche de la carpe
Premier poisson du Rhône piqué sur l’amorçage
Récit d'un début de saison réussi pour la pêche de la carpe
Miroir du Rhône, massive et large

Doublé de blocs

Ma canne aval placée sous un arbre en bordure prend un nouveau run. Le contact est rude de nouveau mais le poisson est moins nerveux. Une fois écarté du principal danger de cette zone, le poisson se met à remonter le courant à un train de sénateur, plaqué au fond. On l’aperçoit une première fois et la pression monte : nous avons affaire à une belle miroir, du calibre de celles qu’il ne faut pas rater… Après plusieurs tentatives et autant de rushs puissants, le poisson rentre dans le triangle. Une fois sur le tapis, on se rend compte que le Rhône vient de nous offrir un de ses trésors, un poisson au-delà des 20 kilos.

Après le repas, la canne aval refait chanter mon CarpSounder. Plus prompt à prendre la canne, j’assure le ferrage et passe la canne à Mickaël. A nouveau, le combat est rude et laisse présager un joli poisson. Après plusieurs rushs courts mais surpuissants, le poisson rend les armes et se laisse glisser dans l’épuisette. Ce poisson massif et doré fait partie des plus grosses communes que l’on ait eu la chance de poser sur un tapis. Nous photographions et relâchons ce lingot, la pêche est réussie : quatre runs pour quatre poissons dont ce doublé aussi rare que magnifique sur le Rhône. Malgré une dépique en fin de journée, nous sommes satisfaits de la stratégie et décidons de l’appliquer sur une grande eau close de la région Rhône-Alpes.

 

Récit d'un début de saison réussi pour la pêche de la carpe
Commune métrée du Rhône

Repérage et bennage

Fin mai, nous nous retrouvons sur cette eau cristalline, 3 jours avant notre pêche, pour commencer le plus gros amorçage que nous n’ayons jamais réalisé. Nous sommes sur le point de mettre à l’eau 100 kilos d’un mélange constitué de maïs, noix tigrées et bouillettes maison répartis en deux amorçages. La stratégie mise en place consiste à définir une zone de pêche de plusieurs hectares et d’y sélectionner 4 spots, 2 chacun, que nous amorcerons individuellement avec environ 12kg de mélange 3 jours avant la pêche, puis de nouveau 12kg de mélange sur chaque spot la veille de la pêche.

 

Récit d'un début de saison réussi pour la pêche de la carpe
Deuxième amorçage en lac

Débuts en fanfare

Le jour J, je m’installe au petit matin avec ma compagne Lovely pendant que Mickaël est au travail. La première touche intervient rapidement et c’est une miroir dodue qui vient tâter le tapis de réception. Je lui envoie un MMS afin de lui assurer que la pêche est bel et bien lancée !

Mickaël arrive à la mise à l’eau en début d’après-midi et part nous rejoindre en zodiac. Sur le trajet, il longe les bordures en espérant y voir quelques poissons en maraude devant les grandes roselières mais il n’en aperçoit aucun. C’est au moins rassurant sur un point : les poissons ne sont pas en train de frayer. Il n’a pas le temps d’arriver sur le poste que je suis à nouveau sur l’eau, canne en main, en plein combat. Mais à son arrivée, je lui annonce que je viens de louper mon deuxième poisson en peu de temps. Une fois réunis sur le poste, nous faisons le point sur ces poissons ratés : une casse lors d’un rush puissant dans les premières secondes suivant le départ et une dépique sur une touche bizarre sans que je ne sente trop le poisson. Il est alors temps pour lui de mettre à l’eau ses deux premières cannes sur ses deux gros spots amorcés. C’est alors qu’un autre départ survient sur la même canne qui a enregistré les deux derniers runs. Je prends contact et part combattre le poisson en bateau. Le combat est bizarre. Le fil part d’un côté mais la tension exercée par le poisson nous laisse penser que cette carpe est à l’opposé… puis nous comprenons que le poisson raté suite à la casse s’est pris dans la ligne en provoquant un départ et je me retrouve à combattre le fil à la main. C’est probablement ce même poisson qui a généré le précédent départ. La belle finira tout de même dans l’épuisette, ce qui nous permet de la libérer du montage cassé.

Récit d'un début de saison réussi pour la pêche de la carpe
Miroir de 15kg, première à répondre à l’amorçage
Récit d'un début de saison réussi pour la pêche de la carpe
Première 15+ pour Lovely

La fin d’après-midi est calme alors que le vent s’intensifie et souffle parfois par rafales assez violentes, s’engouffrant dans la baie que nous avons ciblée pour ce gros amorçage. Nous attendrons la soirée pour que la pêche se débride. La pleine eau qui accueille mes 3 cannes nous offre un nouveau départ avec un combat digne de ce nom. Les eaux claires et profondes du lac offrent souvent des combats sympathiques. Et là, c’est le cas, je tiens un poisson qui n’a pas envie de rejoindre la surface. On la devine nettement sous le bateau et on croit d’abord à un silure à cause de sa couleur blanche inhabituelle. Mais c’est bien une miroir, et une miroir d’un bon poids qui plus est. Ce poisson n’est pas très long mais large et épais. Il est le premier gros poisson de la session, faisant grimper l’aiguille du peson au-delà de la barre des 20 kilos.

La soirée continue avec un nouveau départ. Les poissons sont clairement en pleine eau sur ma zone de pêche alors que la baie frappée par le vent depuis plusieurs jours ne montre aucun signe d’activité rassurant pour Mickaël… Je lui laisse la canne et nous partons tous les deux combattre ce nouveau poisson qui nous gratifiera d’un combat musclé. Cela fait plusieurs années que nous rêvons secrètement de toucher une grosse commune sur cette eau et, sans le savoir, nous sommes sur le point de la prendre. Elle rentre dans l’épuisette, puis fait un petit tour en zodiac pour faire un passage sur le tapis, le temps de voir que c’est un poisson qui dépasse le mètre, puis elle va rejoindre le sac et attendre patiemment la séance photo du lendemain.

Le garde de secteur ayant une longue dent contre les carpistes, nous décidons de plier les cannes. Il est minuit, ça ne sert à rien de jouer avec le feu d’autant plus que l’activité n’a pas manquée pour cette première journée. Le réveil est réglé sur 4h45 pour faire pêcher les cannes de bonne heure.
Le doute s’évapore, l’amorçage a l’air de payer. Espérons que les poissons soient aussi réactifs pour le reste de la session.

 

Récit d'un début de saison réussi pour la pêche de la carpe
Bel écaillage pour cette miroir de près de 20 kilos
Récit d'un début de saison réussi pour la pêche de la carpe
Belles couleurs

La confirmation

Mickaël se lève en premier et repose ses trois montages à l’identique de la veille. J’ai plus de mal à sortir du bedchair mais dès que le zodiac est libre, je m’attèle à reposer mes trois cannes proprement. A 6h30, toutes nos cannes pêchent et nous faisons face au plan d’eau, un café à la main, à guetter les moindres signes d’activité. Et ça bouge pas mal, plusieurs poissons se manifestent mais l’essentiel se passe toujours en pleine eau. L’activité cesse peu à peu mais quelques sauts apparaissent régulièrement vers mes spots et un de mes détecteurs ne tarde pas à faire entendre sa douce musique. Nous revoilà sur l’eau pour aller combattre ce nouveau poisson. C’est une miroir assez sombre et racée qui rentre dans l’épuisette.

Les poissons sont donc encore bien sur l’amorçage. Si jusque là nous n’avons effectué qu’un léger rappel après chaque touche, on se demande s’il ne faudrait pas poudrer un peu les zones qui déroulent. Faut-il prendre le risque de réamorcer 5 ou 10 kilos par zone pour continuer à garder les poissons sur la zone au risque de peut-être en mettre trop ? Ou continuer à faire un rappel léger après chaque touche au risque de ne pas en mettre assez ? Puisque pour l’instant cela a l’air de leur plaire, on va continuer comme ça et nous retenons donc la seconde option.

La journée se poursuit calmement. La surface du lac est d’huile et la lumière est idéale pour essayer de voir quelques carpes en bordure. Mais toujours pas…
C’est enfin sur une des cannes de Mickaël que ça s’emballe un peu. Mais au style de la touche, il lui semble bien que ce n’est pas une carpe. Nous craignons qu’un moustachu ait trouvé son montage…et c’est le cas. Après un bref combat, il repart direct à l’eau.

C’est en milieu d’après-midi que Lovely décide de mettre les femmes à l’honneur. Et de fort belle manière puisqu’elle mettra au sec une miroir qui établit son nouveau record personnel. La soirée approche et nous attendons ce moment avec impatience. On sait que souvent, beaucoup de choses se passent dans les dernières heures du jour. Entre-temps, ne pouvant que constater la misère halieutique dans la baie exploitée par Mickaël, on décide d’en retirer une canne pour en rajouter une en pleine eau, hors de la zone amorcée pour essayer de faire un ou deux poisson(s) bonus.
Et c’est encore en pleine eau que la pêche va se faire. Même rituel, départ en zodiac et combat qui, une fois n’est pas coutume, sera bien moins intense que d’habitude. C’est une commune de petit calibre qui complète le tableau. A peine revenus sur la berge qu’une des cannes de Mickaël, restée muette jusqu’à présent, s’emballe franchement. C’est à mon tour de ferrer pendant qu’il va chercher le bateau pour aller au contact du poisson. La zone est dangereuse : entre une barge coulée et des arbres immergés, il faut faire vite ! Arrivé sur place, le poisson s’est calé dans de l’herbe près de la barge et après quelques coups de pression bien sentis, le poisson monte et Mickaël en profite pour la glisser dans la filoche sans qu’elle n’ait eu le temps de comprendre. C’est une belle miroir de plus de 19 kilos, avec un écaillage atypique.

Cette journée se termine donc sur deux nouveaux poissons, ce qui porte le total à 8. Le bilan est élogieux : quatre poissons par jour avec une moyenne de poids avoisinant les 16kg !

 

Récit d'un début de saison réussi pour la pêche de la carpe
Une des deux plus grosse carpe de la session en lac
Récit d'un début de saison réussi pour la pêche de la carpe
Le graal avec cette commune de plus d’un mètre

Une fin moins prolifique

Comme la veille, les cannes sont relevées pour la nuit. Au petit matin du dernier jour, nous reposons soigneusement les cannes en apportant un soin particulier aux spots qui nous ont rapporté des poissons. Malheureusement, cette journée sera la pire de la session puisqu’à midi, nous sommes déjà à 4 départs, dont 2 sur la canne déplacée en plein eau, pour seulement 1 poisson. Deux dépiques et une casse viennent assombrir le tableau. Le seul poisson capturé est de taille modeste. Il repartira à l’eau sans passer par la séance photo. Nous attendons impatiemment le prochain départ mais nous sommes rattrapés par le temps et devons malheureusement plier en milieu d’après-midi. Toutes les bonnes choses ont une fin…

Ça faisait un moment que nous voulions tenter ce genre d’approche. Après avoir franchi le palier psychologique de la quantité, c’est sans aucun doute que nous renouvellerons l’expérience cet automne, peut-être sur la même eau.

 

Philosophie

Comme vous l’avez constaté, notre pêche était basée sur le partage. La stratégie, la préparation et les amorçages ont été faits en commun. Il est donc normal pour nous de tout partager une fois sur la berge. Peu importe à qui appartient la canne qui déroule, l’important est que tout le monde profite de la pêche. Cette notion de partage est le fondement même de notre binôme, il ne peut en être autrement .

 

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