Comment pêcher la carpe en fleuve sur la Loire : un récit royal !

Mi-septembre 2018… Le fleuve royal offre une fenêtre de tir depuis maintenant quelques semaines. Il est stable en terme de niveau et l’eau est translucide comme jamais. La météo est clémente grâce à un anticyclone particulièrement bien installé dans une zone de confort au-dessus de l’hexagone.

Autant de paramètres que ceux qui pratiquent ce fleuve interprètent comme un appel au plaisir adrénalique que génère ces eaux sauvages. Adrénalique… En lien avec une sécrétion d’adrénaline, qui n’est autre qu’un neuro-transmetteur sécrété par le corps lors d’un état de stress intense et provoquant une augmentation du rythme cardiaque, une augmentation de la pression artérielle ainsi qu’une dilatation des pupilles. Voilà bien une substance que le corps saurait produire en masse sur des actions de pêches vécues au bord du royal.

Pêche à la carpe en rivière
Une récompense de la nature.

Les préparatifs

Tous deux amoureux des eaux vives, mon ami Fabrice et moi ne pouvons rester en place au vu des conditions proposées par le fleuve. De plus, je projette de tourner une vidéo qui représenterait le 3ième épisode de ma série RIVERBANKS consacrée à la pêche en eaux vives. Après de nombreuses discussions à évoquer des scénarios souvent utopiques, mais pas irréalisables, nous finissons par nous mettre d’accord. Nous ferons 48h sur deux postes différents. Les premières 24h se réaliseront sur le bief de Fabrice. Il offre une belle zone de tenue qu’il amorce régulièrement depuis quelques mois maintenant. Les différentes pêches réalisées sur ce spot ont produit, jusqu’alors, un nombre très correct de poissons. Le sable représente la majeure partie de la composition du substrat sur lequel repose une grande quantité d’herbiers. La présence de ces herbiers explique en partie la tenue des poissons dans cette zone s’étalant sur environ 150m. La deuxième partie de ce mini périple se déroulera sur un secteur que j’ai repéré il y’a peu, à 20km plus en aval, et qui me donne pleinement confiance. Cette fois la physionomie du poste est différente et offre des fonds plus rocailleux et nettement plus encombrés, ça sera une pêche forte, voire très forte durant laquelle le choix des matériaux demandera une rigueur particulière. Nous décidons alors d’organiser une campagne de pré-amorçage sur les trois semaines suivant notre programmation. Cette campagne sera simple, chaque session d’amorçage sera espacée de 48h sur les deux postes, et chacun d’entre eux recevra sur la première semaine des graines type maïs cuit accompagnées de bouillettes de diamètre allant de 20 à 30mm. Les deux semaines suivantes verront l’usage unique de bouillettes, le tout à des heures bien précises de la fin d’après-midi. Le but de cette démarche est de créer une énorme activité de poissons blancs pour attirer le plus tôt possible les carpes sur la zone. L’eau est cristalline et les profondeurs qui seront exploitées n’excèdent pas le mètre et demi d’eau, il sera alors très facile de suivre l’évolution de l’amorçage au fond de l’eau et en ajuster les quantités. Ce paramètre est particulièrement instructif puisqu’il nous permet de comprendre les heures de passages, la quantité d’appâts ingérée par les poissons sur des laps de temps définis, identifier le type de poissons se nourrissant sur la zone…

Pêche à la carpe en rivière
Tournage de RIVERBANKS#3 en cours.

La campagne

De son côté, mon ami Fabrice s’est déjà lancé dans sa campagne de pré-amorcage et c’est en toute logique que je lui emboite le pas, sur ma zone. Jour 1 en fin d’après-midi, j’étale 4kg de graines et 4kg de bouillettes Crazy fruits de 20 et 25mm. Trop curieux, je décide dès le lendemain matin d’aller voir comment a travaillé mon amorçage… C’est une déception ! Absolument aucun appât n’a bougé d’un millimètre. Tant pis, je reviendrai demain soir comme prévu, d’ici là j’espère bien avoir détourné quelques poissons. Jour 3, je rejoins d’un pas excité ma zone d’amorçage avec mon seau rempli de 4kg de maïs et de 4kg de Crazy fruit. C’est un peu circonspect que j’observe que l’amorçage du jour 1 est toujours intact… Je reprends le chemin inverse avec mon seau rempli. Jour 5, je ne veux pas lâcher l’affaire et retourne sur le spot. La sentence est la même… L’amorçage du jour 1 est vierge de tout passage. A cet instant, les questions fusent… Le spot qui me semblait si prometteur, n’est peut-être pas si prometteur que cela… Peut-être que les poissons ne passent pas sur ce secteur… Peut-être que la richesse de la nourriture naturelle de ce spot leur suffit amplement et qu’ils boudent mes appâts… Tout autant de questions auxquelles je ne trouve pas réellement de réponses. Là encore je repars la queue entre les jambes avec mon seau encore rempli de la pitance concoctée.  Le moral est quelque peu ébranlé. En parallèle, j’ai des retours de Fabrice qui me dit : « Mec, mon spot est labouré par les fishs, ça sent bon ! ». Jour 7, sans grande conviction et avec le moral en berne, je me dirige vers mon spot stérile qui me berce de désillusions depuis quelques jours… Mais cette fois, ce n’est pas la même musique, « A vos postes soldats ! ». L’amorçage s’est fait braquer ! Les pierres retournées et les cratères caractéristiques dans le sable ne laissent aucune place au doute, des carpes ont visité la zone. Et bien voilà qui redonne le sourire, et qui me conforte dans ma démarche d’insister. Après cet épisode de déconvenue, les poissons ne vont plus quitter le secteur. Les semaines suivantes, mes amorçages ne tiennent que très peu de temps, et je vais même parfois repasser jeter un coup d’œil une douzaine d’heures après ma séance d’amorçage et retrouver le spot nettoyé dans sa totalité. Voyant la vitesse à laquelle partaient mes appâts au fond de l’eau, je me suis même permis une petite expérience, par l’adjonction d’une quantité importante de bouillettes en 25mm (12kgs), pour constater que 12h après le fond était nettoyé de la même façon. A cet instant, je suis plutôt confiant. Les poissons me semblent dans un début de conditionnement, et paraissent désormais emprunter la zone dans leur circuit, sur des périodes plutôt nocturnes.

Pêche à la carpe en rivière
Un montage indestructible.

Le jour J

Jour J, 17h30, les cours se terminent pour moi et la voiture est déjà chargée. Je file droit vers mon spot pour lui jeter quelques kilos de Crazyfruit et m’empresse de rejoindre Fabrice qui est en train de s’installer sur le premier spot. Arrivé sur les lieux, j’ai la bonne surprise de retrouver deux amis, Yann et Antoine, qui ont amené avec eux de quoi dormir sur place pour faire ces 48heures avec nous. Je sais déjà que si les carpes ne sont pas au rendez-vous, la bonne ambiance sera de toute façon de mise. 19h, les cannes sont posées chacune dans les coulées créées par les nombreux herbiers qui ornent le secteur. Les déposes sont « millimétriques » puisque tous les montages sont posés à la main, plombs enfouis dans le sable et têtes de lignes plaquées sur le fond. Après cette longue semaine et cette installation minutieuse, il est temps de profiter des derniers instants d’ensoleillement de la journée. A peine le temps de se poser que l’un des détecteurs de Fabrice s’emballe sur la gauche du secteur. Après quelques rushs, une sauvageonne d’une dizaine de kilos vient sonner le début de cette pêche. Suite à une courte séance photo et vidéo, nous reprenons nos discussions là où elles s’étaient arrêtées. Une demi-heure se passe et c’est à mon tour d’enregistrer une touche sur ma canne de droite. Je comprends rapidement au contact que je suis face, soit à une carpe de petite taille soit à un autre poisson que je ne traque pas forcément. Et c’est un joli barbeau qui se présente à l’épuisette. Ce n’est pas idéalement le poisson convoité, mais il faut admettre que l’activité est assez conséquente et met en confiance pour cette nuit qui s’annonce. 21h10, C’est de nouveau la canne de gauche pour Fabrice qui plie sous la puissance d’une fusée du Royal. Après quelques minutes haletantes au rythme des rushs surpuissants imposés par ce missile, une magnifique commune finit par rejoindre le triangle. Ce poisson est loin du spécimen, mais quelle morphologie ! UN muscle tout en longueur proche du mètre pour un poids qui  n’excède pas les 13kilos… Elle est clairement profilée pour craquer du blank !

Pêche à la carpe en rivière
Une linéaire de folie.

Un très bon début de session !

Le reste de la soirée sera plutôt paisible, et nous laissera du temps pour refaire le monde autour de bonnes grillades entre amis. Le temps est venu de rejoindre nos duvets respectifs en espérant ne pas y rester trop longtemps. 1h55, C’est encore la canne de gauche de Fabrice qui décolle et verra mettre au sec une vieille miroir toute ronde. Il faut expliquer que ce fleuve compte un cheptel moyen d’approximativement 75 à 90% de communes, les miroirs représentant quasiment un graal pour certains pêcheurs de ces eaux. La canne est reposée minutieusement sur le spot, et nous retournons nous coucher… Pour une période plutôt courte, puisque 30 minutes plus tard Fabrice se voit victime d’une décroche. Tant pis pour cette fois et la nuit n’est pas terminée. Fabrice joue à domicile et maitrise parfaitement son secteur pour ainsi comptabiliser 4 touches pour 3 poissons, me voilà avec un sacré malus au compteur qu’il serait temps que je débloque. 5h30, c’est enfin sur l’une de mes cannes qu’un poisson daigne se manifester. Loin du standard habituel, j’épuise un petit lingot de quelques kilos qui me ravira, ne serait-ce que par sa robe sombre et dorée. Fabrice refera une jolie commune au petit matin. Le soleil brille et tape déjà très fort, le temps de prendre quelques clichés et plans vidéos, nous commençons à plier le matériel pour nous diriger vers mon spot quelques kilomètres plus en aval. Bilan de cette première nuit, 6 touches pour 5 poissons, Fabrice a parfaitement maitrisé son terrain de jeu en survolant largement les « hostilités ». Après une halte aux commerces de proximité pour remplir les glacières de victuailles, nous voilà en route pour la deuxième partie de cette courte aventure. 16h, nous sommes sur place, commence alors une revue des montages car les conditions subaquatiques sont nettement plus « tranchantes » et les matériaux utilisés doivent être INDESTRUCTIBLES. Pour ma part, j’opterais sur la gamme GOLGOTH (hameçons N°1 et tresse 60lbs), afin de répondre aux sollicitations mécaniques des combats les plus appuyés.

Pêche à la carpe en rivière
Une commune bien grasse.

Amorcer les chevesnes ?

17h30, nous pêchons à deux cannes chacun pour cette dernière nuit. Tout est posé pour la soirée et il est temps de profiter de ce cadre reposant avec les copains. Ce calme ne sera que de courte durée, puisque nous allons vivre durant une heure un empilement sans précédent, de chevesnes… Sans comptage particulier, nous dépasserons largement la dizaine de nos joyeux compagnons, avec un paquebot qui accusera 2.2kgs à la pesée. De quoi s’arracher les cheveux…  L’idée que je puisse avoir amorcé durant 3 semaines pour des chevesnes de ce calibre m’effleure l’esprit durant quelques instants. Mais comme toute chose, mauvaise ou bonne, a une fin nos indésirables ont fini par se décourager et nous laisser en paix. 19h30, ma canne de gauche déposée dans nos bottes à 5mètres du bord produit un run particulièrement agressif. A la prise de contact, je me fais littéralement VIOLENTER… Ma 3lbs ½ est pliée comme jamais elle ne l’a été, et le poisson prend quasiment 100m de tresse sans que je ne puisse réagir. Mes trois acolytes se tournent en même temps avec un regard interrogatif qui me restera, et me demande en cœur : « Qu’est-ce que tu fais ? », « Bah là, je ne peux absolument rien faire. ». A la vue de la puissance de ce poisson, je pense immédiatement que je suis en train de me faire treuiller par un moustachu… Au bout d’une bonne minute de rush continu, le fish semble se détendre un peu pour se diriger droit vers la bordure jonchée d’arbres immergés. Les collègues me donnent rapidement mes waders pour que j’aille chercher l’intéressé en longeant ma bordure. Bien que calmé, j’arrive péniblement à rejoindre le poisson qui sonde la bordure, pour finir par percer la surface ! WTF, C’est une carpe !!! Une magnifique linéaire qui ne possède pas de surcharge pondérale outre mesure. De ma courte vie de pêcheur, je n’avais, jusqu’alors, jamais été malmené de la sorte par une carpe. Même sans analyse biologique, je peux assurer que cet épisode a dû fortement augmenter mon taux sanguin d’adrénaline. Une fois ramenée au bord, nous sommes tous les 4 à nous extasier sur ce poisson que je jugerais être mon plus beau poisson 2018. Sur ces émotions, on se cale autour d’un petit feu pour griller quelques morceaux de viandes et se remémorer cet instant. 23h30, nous avons rejoint nos duvets depuis un bon quart d’heure et cette fois-ci ma canne de droite s’emballe, le contact est musclé mais j’arrive à contenir les rushs sans trop perdre de tresse. Au bout de 2 ou 3 minutes, le poisson s’enroule autour d’un des nombreux obstacles de la zone. Ni une, ni deux je saute dans les waders et essaie de me rapprocher du poisson, mais j’ai déjà de l’eau au niveau pectoral et je ne préfère pas m’aventurer plus loin. Finalement, par chance le poisson finit par sortir de l’obstacle (d’où l’intérêt d’avoir des montages solides). Je reprends contact et pompe pour ne pas le laisser rejoindre les enrochements qui sont un peu plus loin. Après quelques minutes de stress, je mets la belle au fond du filet. Pouuuuaaaah, c’est une grosse commune bien large, je dis aux copains : « Les gars, j’ai mon personal best commune, là !!! ». L’euphorie est totale ! Elle ira au sac pour faire de beaux clichés et plans demain matin. Je repose la canne et retourne au chaud dans le fond de mon duvet. 1h du matin, je décroche un poisson dont on ne verra pas une écaille, tant pis, cela fait partie du jeu. 2h45, Fabrice entend à nouveau ses détecteurs pour nous sortir une barre d’écailles très proche du mètre de long, quel week-end ! A 5h du matin, il réitère avec un poisson d’une taille plus modeste, mais avec des nuances dorées qui ne peuvent laisser aucun pêcheur indifférent. Au matin, nous sortons les poissons des sacs de conservation pour procéder aux photographies et boucler ce tournage qui devrait produire une vidéo potentiellement agréable à visionner. Le week-end touche déjà à sa fin, et le groupe d’amis se sépare avec un goût de satisfaction et la promesse de se rebooker une session de ce type pour 2019.

Bilan

Nous avons réussi à piéger des poissons sur les deux spots ce qui était, pour nous, le critère de satisfaction principal. Le deuxième spot était totalement inconnu en terme de potentiel, et nous avons été agréablement surpris par les résultats. Néanmoins, il ne faut pas oublier que l’amorçage préalable a fortement contribué à des résultats que nous jugeons corrects. Je reste conscient que la sélection du poste n’était pas forcément la meilleure, malgré les signes évocateurs d’une zone intéressante pour les poissons. Il a fallu détourner les poissons (7 jours pour voir le pré-amorçage bouger) de leur passage habituel pour les conditionner à nos appâts. Bien que fortement influencé par les sciences halieutiques (déformation professionnelle), cette expérience reste enrichissante pour étoffer l’empirisme de mes connaissances. Au-delà, de l’aspect pêche, cette session était marquée par une ambiance placée sous le signe de l’amitié où la rigolade et la simplicité étaient de la partie. Des sessions comme on les aime tous.

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