Pêche de la carpe avec des cannes de 9 pieds en 3 brins

Dans les milles petits riens qui tissent notre passion de la carpe, il y a les destinations, les poissons mais aussi le beau matériel. Et surtout le matériel pointu et adapté…

A 18 ans mes premières Saint-Cassien Pro étaient en 12 pieds. C’était le standard absolu. Il fallait pêcher avec ça sans se poser de question si -taquineurs de carpes que l’on était- on voulait appartenir à la caste des carpistes. Et moi-même, j’étais accroché à cette idée comme une dreissène à son rocher.

Canne carpe 9 pieds 3 brins
Séance photo au petit matin… Première carpe d’une série démente.

Le recul aidant, je peux affirmer aujourd’hui qu’essayer une canne de 9 pieds et 3 brins, c’est expérimenter une sensation qui permet rarement de revenir vers des cannes plus longues. Les avantages sont consistants pour le pêcheur de carpe. Cet article n’a pas pour but de convaincre mais d’expliquer l’utilité, à la lumière de plus de 10 ans d’utilisation. Revenons en 2008. Une célèbre marque japonaise m’avait fait bénéficier d’un test produit. J’avais eu en main un opni (objet de pêche non identifié) : une canne de 9 pieds, montable en 4 brins, et modulable en 3 brins pour en faire une canne de 9 pieds. C’était assurément un modèle ambitieux et novateur. On avait surtout connu les 12 et 13 pieds depuis l’avènement de la pêche moderne de la carpe. Il faut donc remettre ce prototype dans son contexte. A l’époque, on en était au début de la nouvelle vague des « cannes courtes ». Certains media parlaient de canne « 3G ». Les fabricants tentaient d’impulser une dynamique sur des cannes autres que les 12 et les 13 pieds traditionnelles. Leur audace permit de bénéficier sur le marché d’une palette de cannes allant de 9 à 11 pieds. Par la suite,  quelques années plus tard, les marques faisaient machine arrière et resserraient leurs offres commerciales, sur une palette avec moins de profondeur de gamme, pour se concentrer sur le gros des ventes. Parmi toutes ces avancées, la canne de 9 pieds modulable 3 brins a retenu mon attention. Elle fit même bien davantage puisqu’elle ne m’a pas quitté en 10 ans. A l’ère de l’obsolescence programmée, c’est à souligner, à surligner, à aduler. Depuis quelques mois, j’ai renouvelé l’expérience, avec une canne encore plus aboutie : la Liberty de Prowess. Elle est proposée en 3 brins et toujours en 9 pieds. Une canne qui monte d’un cran encore avec ses 7 anneaux SIC sur 270cm de long, avec 3,5lbs de puissance et surtout 95 centimètres d’encombrement. Une belle brute pour aborder sereinement les pêches fortes en lac ou en rivière ! Et le tout qui rentre dans le coffre de la plus petite des voitures…

Commencer par simplifier sa logistique

Si l’on essaie d’examiner avec beaucoup de minutie les facteurs facilitant les sessions, on ne peut occulter l’impact de la logistique. Nous avons l’habitude de dire avec mon binôme -et non moins ami Pierrick- que : « Logistique légère = grosses mémères ! ». Un adage qui s’est révélé véridique à plusieurs reprises durant nos nombreuses sessions. Nous avons un goût très prononcé pour les pêches éclair, durant lesquelles nous tentons toujours notre va-tout. Et pratiquement exclusivement sur des eaux à gros poissons qui demeurent dans le domaine public, et qui par définition qui ne sont pas toujours simples ! Nous installant en général après une journée de travail, le but plus ou moins avoué est de réussir un coup fumant suite à une rapide mise en place. S’installer vite et bien à la carpe est un concept séduisant. Pour nous c’est une nécessité. Cette idée peut devenir réalité, surtout si l’on dispose des armes adaptées pour faire des coups rapides. Les cannes de 9 pieds sont justement là pour tout nous faciliter… Lors des pêches avec Pierrick, nous avons souvent 6 cannes. S’il y a dix ans nous mettions en moyenne 2 heures à les installer avec un brainstorming qui confinait à la débilité,  la tendance actuelle est plutôt à la mise en place en 10 minutes. Dans l’installation même, j’imagine que bien des écueils peuvent être évités chez bon nombre de pêcheurs. Eradiquer les pertes de temps peut être un sage objectif, d’autant que ça donne toujours le sentiment du travail bien fait. Cela commence par ne pas prendre une trousse de 40 plombs quand on sait que l’on en aura besoin de 5. Cela continue par le calibrage de la quantité d’appâts, etc. En effet la discrétion découle aussi de « l’économie de matériel » et de la promptitude de l’installation. Ces deux points sont étroitement liés. Sur 4 heures disponibles, personne ne peut se permettre de passer une heure à monter l’attirail et une autre à le plier. Celui qui parvient à pêcher 3h50 sur 4 heures de présence au bord de l’eau, a je pense, tout compris, pour peu évidemment qu’il ait pris ses marques (sondage, amorçage…) préalablement. Il ne s’agit donc nullement de pêcher à la « one again ». C’est un bonheur d’avoir bien pensé sa pêche d’un point de vue logistique et de sortir de son coffre 4 cannes rangées au creux du tapis de réception. Des ensembles légers, maniables, et vite opérationnels.

Canne carpe 9 pieds 3 brins
Cannes courtes : des armes adaptées pour faire des coups rapides.

Le hold-up sur des carpes de 22,6 kg de moyenne…

Notre avant-dernière pêche avant l’écriture de cet article a été marquée du sceau de l’injustice. Notre passion halieutique se caractérise par des résultats très bons qui alternent avec des résultats très médiocres. La pêche est une activité profondément aléatoire et dépendante du facteur chance dans une mesure importante. Alors que nous étions en train de parfaitement pêcher sur eau sympa, une galère nous obligea à déménager. Le pliage de tout le matos se fera en moins de 15 minutes ce soir-là et nous jetions notre dévolu sur un autre terrain de jeu où nous sommes très loin de nous imaginer la suite du programme ! 1h50 s’est écoulée, route comprise, nous sommes de nouveau installés avec 6 pics et autant de cannes dont le talon repose dans l’herbe. Les fils ont été détendus. La nuit n’est même pas tombée, il est temps de s’ouvrir une mousse et d’avoir un peu de repos car nous devons nous lever tôt le lendemain matin. A 21 heures, c’est une première touche en bordure qui nous rappelle que nous sommes bien à la pêche ! Le combat est titanesque sur la Liberty qui est très loin de plier à son maximum. Je pense un instant à un silure mais non, c’est bien une carpe ! Nous pesons ce qui constitue alors mon record en carpe commune : un golgoth de 23,8 kilos. La soirée commence bien et quoi qu’il arrive, un « PB » en poche, la pêche est faite ! Mais cela va aller de rebondissement en rebondissement. A 22 heures, sur une canne de Pierrick cette fois, c’est un très gros combat encore et une carpe commune qui semble plus grosse. Est-ce seulement possible ? Il fait désormais nuit et nous ne savons pas si nous hallucinons ou non. La pesée indique 24,5 kg pour cette carpe commune démente. Une heure plus tard c‘est une 19,7 kg miroir qui se présente ! Nous ne réalisons que le lendemain -après une nuit où le sommeil sera impossible à trouver- que nous avons fait notre plus grosse pêche de team en 15 ans de baroude… Stupéfiant. Presque trop d’un coup. C’est limite « indécent » au regard de nos capots à d’autres moments de l’année !

Canne carpe 9 pieds 3 brins
Pierrick sort d’une eau publique une carpe commune de 24,5 kg après ma 23,8 kg…

Performances sur postes exigus et en bateau

Restons dans le plaisir pur et oublions l’autosatisfaction qui découle souvent des résultats de pêches qui sont le fruit de la loterie. La seule chose que l’on peut véritablement prévoir et calibrer, c’est son attirail ! Ouvrons ainsi le chapitre des avantages et des limites de ce concept de canne en 9 pieds. Malgré tout ce que l’on a pu lire, les 9 pieds ne rivalisent pas avec les 12 ou les 13 pieds pour propulser un montage en méga distance. Une fois que l’on dit ça, on peut ouvrir le chapitre des éloges sans plus tarder ! Car si le bras de levier est limité ; pour le coup c’est un gros avantage lors du combat de bénéficier d’une canne de moins de 3 mètres qui retourne littéralement le poisson quand il est nécessaire de bien le contrer fortement à raz des obstacles par exemple. Une canne longue ne peut pas contrer à ce point, elle va fatalement ployer sur la longueur et lâcher du lest dans les moments fatidiques. En outre elle s‘agrippera dans les branches du sous-bois ! Elle embarquera les ronces dès que vous contrerez de côté ! Bref, vous êtes souvent engoncés dans un combat avec une canne de 12 pieds ou plus, au beau milieu d’un environnement sauvage. J’ai personnellement cassé 2 fois des scions lors des combats en Saône. Cela de m’est jamais arrivé sur des cannes de 9 pieds. On s’en sort à merveille sur les petits postes exigus. Et même si l’on peut faire une « touchette » sur un arbre, la canne courte est en général de conception plus forte et c’est sans conséquence. Enfin on peut  « charger » une liberty avec du 180 grammes et pêcher tranquille à 70m du bord ; ce qui couvre 90% des configurations de pêches. A moins de déposer en bateau et dans ce cas, encore une fois, la taille de 9 pieds est un régal là où les 12 pieds manquent de maniabilité. Car disons-le franchement, pour la dépose de ligne depuis l’embarcation, c’est ultra rapide. Cela permet de poser le montage puis de ramer hyper simplement avec la canne sur le tableau arrière, pick-up ouvert. Et clipper un back lead en cours de traversée devient un jeu d’enfant ! La pêche avec des cannes courtes en 3 brins en dit long sur votre philosophie de la pêche à la carpe. Etes-vous plutôt camionnette, glacière et télé au bord de l’eau ou bien nuit à la belle étoile, 3 cannes, 3 pics à la recherche de la mobilité ?

Canne carpe 9 pieds 3 brins

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