Pêche à la carpe : Ecaille filante, la rencontre d’un gros cyprin

Dans le mystère dont la pêche est enveloppée, il y a un tour de magie suprême. Celui de croiser plusieurs fois le chemin d’une carpe géante. Le phénomène de la retrouvaille d’un spécimen fascine toujours autant. J’ai goûté à ce petit jeu en lac, en canal, en rivière ou en fleuve. Et toujours j’ai eu le sentiment d’un rendez-vous parfait, presque écrit…

Reprendre un poisson donne du sens à la génération no kill. Le « catch and release » nous permet d’intercepter plusieurs fois nos chères écailles filantes. Chaque rencontre nous en apprend sur leur croissance et sur leur longévité. C’est aussi l’occasion d’en savoir un peu plus sur les mœurs de certaines carpes. Mes rencontres multiples avec des cyprins furent délicieuses. Il y a eu la grosse goulue de Saône, le grand mâle du parc urbain, l’aspirateur du canal, la morphale du lac. Chacune a fait grandir ma passion de la pêche. Ces grandes carpes aux écaillures variées vous transpercent d’un regard presque humain. Elles font le sel de la vie et le piment halieutique. La pêche se résume à un phénomène de rencontre entre un homme et un poisson. On pourrait sur cette phrase clore là tous les livres de pêche ! Mais c’est au contraire ici que tout commence. De la rencontre improbable entre la carpe et le pêcheur. Et des stratagèmes amoureusement peaufinés… Ceux-là même qui -le pense-t-on du moins- sont les prémices de nos touches.

Carpe reprise : écaille filante
Déjà à plus de 20 kilos en 2006, plus près des 25 en 2016, quel âge peut bien avoir cette carpe ? Des carpes ont parfois une croissance totalement non linéaire. C’est précisément le cas de certains sujets sur cette eau publique.

La rencontre entre un homme et un poisson

Attraper un poisson, c’est vivre ce sentiment de satisfaction profondément ancré en nous. Un ressenti venu du fond des âges comme quand le chasseur cueilleur extrayait la vie des eaux. Et aujourd’hui encore, la pêche procure au pêcheur le petit effet de dopamine, lié à la récompense du poisson. Dans l’ère moderne, la plupart des pêcheurs pêchent pour le fun. Il n’est même plus question de farcir la carpe… Ce shoot d’adrénaline est naturellement resté en nous. Et en revoyant ma géante filochée, je vis à fond l’instant précieux. Je me rappellerai de ce moment. Une mésange s’emploie à briser le calme. Je contemple immobile, tandis que la carpe prête à bondir doit maudire son dernier repas. Le boulevard périphérique se réveille au loin. Tandis que le rythme dans ma poitrine s’est intensifié, j’expulse une épaisse buée à chaque respiration. Parfois quelque chose vous semble écrit. Ce n’est plus une capture mais un prompt rendez-vous, ajusté entre le pêcheur et le poisson. C’est une histoire commune, à un instant T, ou tous deux sommes perdus dans les joncs du marais, enveloppés d’une épaisse brume matinale. Ephémère tableau que le soleil déchira bientôt. Je la mettrais un moment au sac. Il me faut une belle photo de jour. Il me semble te reconnaitre ! J’ai déjà prise celle-ci mais quand ? A présent une Cisticole des joncs observe la relâche depuis le petit noisetier.

Carpe reprise : écaille filante
En 2006, j’avais entrepris de pêcher une multitude de postes dans cette eau publique exceptionnellement riche en poissons de 18 à 22 kilos. C’était le temps des possibles. Un moment merveilleux.

On s’était donné rendez-vous dans 10 ans !

Quelques jours passèrent. En triant mes photos, aucun recoupement possible ne sautait aux yeux. J’admettais m’être trompé. Bien qu’ayant pourtant parcouru bien 6 ou 7 ans de mon archivage, scrutant chaque écaille, aucune carpe n’était cette carpe-là. Je sais que des cyprins dans ces eaux ont des évolutions de poids spectaculaires et parfois non linéaires (Explosion des poids après des années de stabilisation). Certaines stagnent des années entre 17 et 19 kilos puis un jour reprennent une croissance presque irréelle pour casser la barre des 25 kilos voire bien davantage. Mais là… mystère. Ce poisson pris en 2016 ne correspondait à aucun poisson du même lieu pris ni en 2010 ni en 2013 ni aucune année. Un mois plus tard, en pleine nuit, j’eu comme un flash. Une nouvelle piste m’apparut. En 2006 j’avais fait un grand road trip sur cette eau publique. Et elle avait déjà marquée de sa visite cette session en cette année-là !! Cette carpe faisait maintenant quelques kilos de plus et son gabarit avait bien changé. Assurément, elle était moins ronde, plus grande, plus musculeuse. Quelle incroyable capture avec une décennie d’intervalle ! La belle garde ses habitudes : elle succombe à 4 grains de maïs dans 1,5 mètre d’eau à peine. Des rencontres, j’en ai vécu pas mal… mais celle-ci m’a scotché un sourire aux lèvres un bon moment. Pour ne pas t’oublier, je t’affuble du sobriquet « Ecaille Filante ». Au revoir ma belle, reviens moi dans 10 ans…

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