Mais où est passé le charme ancestral de la pêche?

Il y a déjà plus de vingt-cinq ans, nous disions que la pêche avait changé. « Il n’y a plus de poissons Comme avant ».

Les anciens, ceux qui nous ont appris, ceux qui nous ont éduqué. Ces vieux  pêcheurs qui disparaissent année après année et qui nous manque parfois. Ils nous ont laissé un héritage traditionnel. Nous étions en bottes ou en cuissardes, les pieds dans l’eau ou assis sur un casier en bois. Les mains dans l’amorce, une boite de « bloches » entre les jambes et on taquinait le goujon et le vairon. Plus tard, on entrait dans la cour des grands avec onze mètres de carbone dans les mains au bord des rivières ou des canaux pour tromper l’ablette. On nous initiait à la compétition, c’était magique et nous remplissait de fierté. On rentrait rincé, trempé, fatigué mais heureux ! Les odeurs de coprah, de pain d’épice qui embaumaient les berges. Le pain de chailloux, la boîte de maïs doux et le mystic … La simplicité !

En grandissant on aspirait à plus de sensations. Des combats plus virils. La pêche du brochet au vif et ces longues attentes les yeux rivés sur le flotteur que l’on rêvait de voir plonger. Figé par le froid, tous les sens en éveil, on apprenait la patience. On observait, on écoutait les moindres signes de la nature. Le comportement de la friture en bordure. Les chasses des oiseaux aquatiques, le vent et les courants. On apprenait la nature !

On pêchait la carpe à la patate ou au maïs. Puis sont arrivées, d’outre-manche, des nouvelles techniques. Du nouveau matériel, une nouvelle façon de faire. Pas une invention mais une évolution. Avec ce nouveau matériel, on traquait ces dames de l’aube au crépuscule. On s’est mis à la bouillette avec des recettes improbables qui laissaient des odeurs abominables dans la cuisine de maman. Rod pod maison, écureuils « kinder » et départs au son du frein des moulinets. Simple efficace et pas cher !

A cette époque on observait encore un repos physiologique pour toutes les espèces. On les laissait accomplir le cycle de la vie. La pêche fermait de longs mois  pendant lesquels on rêvait de la saison passée et on préparait, impatient, la prochaine. On se retrouvait au magasin local se raconter nos histoire de pêche et de famille. Nous étions de vrais amis !

En mars à l’approche de l’ouverture de la truite on allait chercher des vers, les cuillères frémissaient dans leur boîte métal fermée par un élastique. En juin, on sautait sur nos cannes à coup indispensables pour prétendre aller se confronter à monsieur Esox. Vif, mort manié, tirette, dandine. Autant de techniques ancestrales que beaucoup ne connaissent pas alors que tout vient de là. Des pêches techniques et tactiles où la concentration était indispensable pour observer le moindre mouvement anormal de ligne ou ressentir la moindre vibration générée par un poisson plus malin. Je pense à ma « Botte de Nevers » remisée qui me murmure souvent « sortons comme autrefois ». Le plastique a changé la pêche. On accumule les leurres de toutes formes, de toutes tailles, de toutes couleurs.on pense souplesse, action, animation. On en a oublié les bases.

Le charme ancestral de la pêche
Parfois on peut aussi se poser et admirer le cadre…

On court au bord de l’eau pour passer devant l’autre. On ratisse dans tous les sens dans l’espoir d’avoir une touche. La canne est déjà montée dans la voiture, prête à faire feu. Prendre le temps pour observer, sentir. Respecter les cycles naturels. Connaître les mœurs des poissons que l’on traque, lire l’eau ne se pratique plus. Quand on ne prend pas c’est qu’il n’y a pas !

Et pourtant … le poisson est toujours là. Il s’éduque, c’est la loi de l’évolution. Ils sont devenus plus malin que ceux qui ne savent ou ne prennent pas le temps de les observer. Les nouvelles pratiques, le no-kill, la pêche de nuit, les périodes de fermeture absentes ou réduites ont certainement forcé les poissons à s’adapter plus vite que le pêcheur. La pêche était une fête, on se retrouvait on partageait. Aujourd’hui le partage c’est de cliquer sur un j’aime. On a tous un « ami » que l’on ne connaît pas à l’autre bout de la planète mais nous ne connaissons pas les pêcheurs que nous croisons au bord de l’eau. Sans partage, chacun s’est spécialisé et ne jure que par sa technique qui est la meilleure. On ne s’intéresse plus à l’autre qui pêche autre chose différemment. On ne va plus à la rencontre de l’autre dans la boutique du coin mais on va commander au Japon ou aux USA. On ne demande plus conseil à son détaillant mais on va sur Youtube. Ce n’est pas ça la pêche !

About the author

Frederic Froget – Morvan Fishing

Localisation : Avallon (89)
Profession : Facteur de cannes
Spécialité : Pratique toutes pêches
Partenaires : Europêche – Au fil de l’eau avallon 89 & Europêche Lepy Venarey les Laumes 21

 

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3 commentaires

  1. Salut, moi c’est bouziquet du Marais-Poitevin, du 79460 Magné. Toutes ces techniques de pêches, je ne les ai pas oubliées, car je les connais. Le problème est que les revendeurs de pêche ont été obligé de se mettre à la page, car on a commercialisé la pêche. Autrefois, on faisait une amorce d’hiver avec de la taupinière, de la recoupe, et on pêchait avec du mistic. La carpe n’était pêchée qu’à la mauvaise saison, avec un hameçon au maïs et l’autre au petit-pois. Maintenant, le marketing fait qu’il faut avoir toute sorte d’accessoire, qui ne rapporte pas plus qu’autrefois! Mais, sa fait vendre toute sorte de saloperie, qui arrive peut-être même à polluer nos eaux! Pour voir les touches, on utilisait un chiffon blanc, monté sur le scion! Efficace, car même avec du vent, on faisait la différence avec les touches! Je pourrais vous apprendre la « vermaille », pêche traditionnelle de chez-nous, sans hameçon de l’anguille, avec bâton ou fil, la pêche de la truite au toc à l’ancienne, que j’utilise toujours depuis l’âge de 7ans, et toujours très efficace. Et la pêche du gardon au blé et à la baillègre, au coup, en amorçant au pain dur, ou 8 jours à l’avance, sans aucune farine. Je connais tout ça, et croyez-moi, si vous voulez, ça marche! Par contre, on me prend souvent pour un fou, surtout quand je dis que je n’ai pas la télé!!!!! Mais, côté pêche…

  2. Je trouve votre article un peu trop généraliste.
    Ayant commencé la pêche comme beaucoup de monde avec mon grand père pendant les grandes vacances, j ai toujours garder en moi ces valeurs qu il m a transmis naturellement. Ma pêche a évolué avec l âge et la société, sans pour autant dénigrer des techniques ni passer à côté de la beauté de nos cours d eau. Aujourd hui pêcheur « moderne », j ai toujours ce besoin de me ressourcer au bord de l eau, d essayer de respecter les cycles naturels des poissons et m efforce de comprendre leurs comportements et j’essaye a chaque sortie d améliorer ma lecture des plans d eau pratiqués, malgré ma participation aujoutd hui à des concours en float tube ou en « boat » avec mes ensembles « casting ».
    Bénévole au sein de mon appma locale, j essaye aujourd hui de transmettre mon humble savoir aux jeunes génerations et de rendre au milieu halieutique ce qu il a pu m apporter depuis tant d années.
    La nostalgie est peut être utile ou agréable pour certains mais ce serait injuste d en faire un moyen de dénigrement et une généralisation de comportementsisolés.
    Juste un point de vue personnel

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