Le retour du manié pour pêcher le carnassier

Alors que les fabricants se grattent la tête pour nous trouver une technique nouvelle susceptible de nous faire acheter un peu plus de matériel, je vois de plus en plus de pêcheurs revenir vers le naturel. Tirette, manié et même pêche aux vifs qui permettent d’avoir des résultats sensiblement plus élevés qu’avec des leurres. Et parmi ce panel de techniques au naturel il en est une qui surpasse les autres par son efficacité, sa mobilité, sa subtilité, en gros tout ce que l’on recherche avec un leurre mais avec du naturel, il s’agit de la technique du mort manié.

Il y a trente ans de cela le mort manié emmené par Albert Drachkovitch submergeait le monde de la pêche des carnassiers et amenait les pêcheurs à se remettre en question devant l’efficacité de la technique. Le mort manié, s’il demandait une canne sensible et un fil fluo, ne coûtait guère cher, chaque pêcheur possédait dans son garage son gabarit à épingles et fabriquait lui même ses montures. On était loin du consumérisme actuel qui veut que chacun possède une boîte débordant des leurres derniers modèles.

L’avantage du leurre c’est qu’il ne demande pas un bac à vif, il est propre et ne laisse pas d’odeur sur les doigts. Autre point d’importance, le leurre attise notre soif de collectionnite car dans tout homme sommeille celui qui entasse, range, classe, juste pour le plaisir des yeux. Cela nos fabricants l’ont bien compris et rivalisent d’ingéniosité pour répondre à cette demande de pêcheurs addicts.

Pêche des carnassiers au mort-manié
Un petit brochet gourmand qui n’aura pas résisté à un mort manié (photo O. Bernolin)
Pêche des carnassiers au mort-manié
Un bec un peu plus gros

Pourtant, j’observe depuis peu un virage qui semble s’amorcer où peut être verra t’on enfin dans l’esprit du pêcheur la mise à l’égalité des leurres et du naturel. Il n’est pas de technique plus honorable qu’une autre, il y a juste un pêcheur et un poisson à prendre, ce qui est honorable c’est de le faire sportivement.

Chez les pêcheurs de ma génération, les ancêtres de 40/50 ans donc, on connaît et maîtrise le manié car il était roi lors de nos débuts. J’ai à titre personnel, pêché au manié durant plus de 20 ans avec de superbes résultats avant que ma soif de curiosité ne m’emmène vers les leurres. Bien entendu je fabriquais mes propres montures, très fortement inspirées par l’originale qu’a inventé M. Drachkovitch mais améliorée au fil du temps par diverses astuces.

La technique de base pour pêcher le carnassier au mort-manié :

Pour ceux qui ne connaissent pas ou peu cette technique, ce petit retour sur une pratique du manié vous sera bien utile, pour les autres une révision s’impose.

Le manié n’est que l’animation d’un poisson mort armé d’hameçons de façon à lui donner un semblant de vie. Sa brillance et ses mouvements attireront le carnassier, son odeur et son goût faciliteront la touche pour le pêcheur.

La technique est en réalité très simple, on lance, on laisse couler en contrôlant la bannière afin de détecter d’éventuelles touches à la descente et on attend que la monture se pose sur le fond. Une fois fait, canne pointant à 45 °vers le haut, on donne un coup de poignet qui fera décoller et virevolter le poisson mort. Ensuite si l’on recherche le sandre on continuera à garder le fond par des animations sèches et rapides du poignet, si c’est le brochet on décollera et on animera par des tractions assez souples.
C’est on ne peut plus simple. Plus tard on variera en intégrant des glissades sur le fond, des temps morts, en gros on intégrera sa propre « patte » afin de donner ce petit quelque chose en plus.

Pêche des carnassiers au mort-manié
Avec un gardon on prend du brochet de 40 à 80 cm
Pêche des carnassiers au mort-manié
Les petits brochets sont très sensibles aux animations planantes

Les montures pour pêcher le carnassier au mort-manié :

Le manié demande deux choses importantes : des poissons frais d’une longueur de 10 à 12 cm et une bonne monture.
Concernant les poissons j’ai un faible pour les gardons mais certains ne jurent que par l’ablette qui perd une myriade d’écailles argentées lors du maniement.

Venons-en au plus important : la monture
Si l’originale est archiconnue je lui préfère une adaptation personnelle qui s’en inspire beaucoup mais dont le lest est différent. En effet, la chevrotine pincée sur une agrafe avait tendance à le rester quelle que soit le fond, vieille fainéantise humaine car il fallait sortir le couteau, écarter la chevrotine…. Ceci est important car la monture doit faire corps avec le poisson et on ne pêche pas avec le même lest à 3 ou 15m de fond.

J’avais donc trouvé les plombs à agrafe de la marque Cannelle qui permettaient un changement rapide et une adaptation immédiate au fond. Le reste ne changeait guère et c’est une tresse armée de la même marque qui remplace les empiles en corde à piano. La seule différence de taille pour la monture à brochet était l’adjonction d’une olive longue sur le corps de la monture de façon à la rendre plus planante.

Bien d’autres montures que la Drachko ont été mises sur le marché dont la très pratique H2O mise au point par Joël Parcel, à l’époque un maître de la technique. Si on trouve encore des Drachko sur le marché, les H2O ont disparu des rayons victimes de la désaffection des pêcheurs pour une technique naguère reine.

Pêche des carnassiers au mort-manié
Quelques montures custom

L’équipement pour pêcher au manié :

Nous avons dorénavant des cannes d’une sensibilité extrême, d’une finesse et d’une légèreté incroyable qui sont toutes désignées pour être d’excellentes cannes à manier. Ces cannes se trouvent chez les modèles destinés aux leurres souples. On y ressent le fond et les animations de la monture comme aucune canne du passé ne pouvait nous le permettre. Les cannes 15/40 gr (MH) d’une longueur de 2,10 m (bateau) ou 2,40 à 2,70 (bord) sont parfaitement adaptées. Coté moulinet un bon spinning de qualité avec un faible ratio conviendra à merveille. Le ratio assez lent est indispensable car il est nécessaire d’animer précisément. C’est avec la tresse que l’avancée s’est faite car auparavant avec le nylon et son élasticité naturelle on ne ressentait pas autant les animations et le fond. Dorénavant avec une tresse fine en 8 brins et une canne moderne on peut s’amuser à fermer les yeux et à se concentrer, c’est fou comme on va ressentir le moindre petit truc et par là ne pas louper une touche discrète d’un sandre. La tresse de couleur est un atout pour visualiser les déplacements latéraux inexpliqués, si ce n’est par la prise en bouche d’un carnassier à l’attaque discrète qui gobera sans tendre la tresse. Je place devant mon manié une empile en tresse armée très fine pour éviter de me faire couper par le brochet. Pas besoin de tête de ligne en fluoro quoique j’ai pris l’habitude d’en mettre toujours une mais en comparant avec les amis pêcheurs, aucune différence n’est apparue dans le nombre de prises.

Pêche des carnassiers au mort-manié
Le sandre demande une animation plus saccadée (Photo O. Bernolin)

Très honnêtement et quoiqu’en disent certains pêcheurs exclusifs aux leurres, le mort manié surpasse tout ce que l’homme a mis au point pour attraper sportivement des carnassiers. Lui seul fera bouger le brochet le plus blasé, le sandre le plus endormi, la perche la plus délicate. Aussi à l’aise en rivière qu’en grand lac, cette technique géniale mise au point dans les années 60/70 par un pêcheur émérite a été à l’origine de l’engouement pour le sandre qui perdure encore de nos jours. Loin des modes, des avancées high tech, le manié est et restera l’arme ultime du pêcheur de carnassiers.

Magazine de pêche

Un commentaire

  1. Le manié est passé de mode mais reste toujours efficace , J’ai plein de leurres dans mes boîtes qui ne prennent plus grand-chose et qui servent d’objets de décoration . Évidemment , si vous êtes fortuné ou sponsorisé, vous tirerez toujours votre épingle du jeu en allant pêcher dans des endroits surpeuplés ou en présence d’un guide qui vous emmènera sur les bons spots . Pendant ce temps-là , les gars du coin continuent à faire des belles pêches avec la technique ancestrale du vif . Par ailleurs , l’hiver n’est pas une saison très rentable pour le leurre . Le naturel donne de meilleurs résultats en règle générale . Pour ma part , je compte bien revenir à la technique dite des papys viandars qui a fait ses preuves depuis longtemps..J’en ai marre de jeter mon argent par les fenêtres et de croire au père Noël .

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