Le Cycle biologique du black-bass

Début mai, nombreux sont les pêcheurs à ressortir le matériel qui a végété durant les mois de la fermeture de la pêche des eaux de seconde catégorie. La durée des jours a maintenant bien augmenté et les températures progressent au fur et à mesure que le calendrier avance. Bref, tous les ingrédients sont réunis pour que, comme chaque année, l’ouverture de la pêche aux carnassiers établie au 1er mai permette aux pêcheurs de carnassiers de se remettre dans le bain, de se retrouver au bord de l’eau.

Toutefois, la longue attente associée à l’excitation de l’imminence du jour J ne doit en aucun cas nous faire oublier que cette date est un choix maladroit. Car si elle simplifie grandement la règlementation pêche par sa portée nationale, elle ne tient pas compte des spécificités climatiques de nos régions ni même des cycles biologiques des espèces qu’elle autorise au prélèvement. Or, à l’heure où de nombreuses  fédérations de pêche tendent vers la gestion patrimoniale, ce maintien de l’ouverture de la pêche des carnassiers en seconde catégorie au 1er mai apparait comme une mesure fortement contradictoire avec les plans d’actions que les gestionnaires mettent en place.

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Ouverture au premier mai : quel est le problème ?

Sandres et black bass sont encore en fraie le premier mai. La pêche à cette époque sollicite donc des poissons en train de constituer le capital de demain. Le recrutement (nombre d’alevins issus de la reproduction) est alors mis en péril, d’autant que les gestions patrimoniales interdisent les empoissonnements. Le recrutement ne peut donc se faire que par la reproduction naturelle, et pourtant, on ouvre la pêche durant cette période.

Mais comment en est-on arrivé à cette situation ?

En France, la période de fermeture de la pêche des carnassiers dans les eaux de seconde catégorie est basée sur la période de reproduction de l’espèce endémique qu’est le brochet. Cette période protège donc cette espèce emblématique de la pêche en France dans les eaux concernées par cette ouverture. Paradoxalement, cette espèce protégée en seconde catégorie est classée nuisible en première. On peut donc légitimement se poser la question de la pertinence d’une telle mesure.  Mais aujourd’hui, et depuis plusieurs décennies d’autres espèces de carnassiers sont présentes dans nos eaux et sont soumises aux mêmes périodes réglementées. Le sandre et le black bass, puisque c’est de ces deux espèces dont il s’agit, bien que largement représentés dans nos eaux, n’ont, eux, pas la chance d’avoir un cycle biologique calqué sur l’espèce chouchoutée de notre territoire…

Et cela occasionne chaque année le prélèvement de nombreux géniteurs, et la perte d’une part importante du recrutement naturel des espèces pourtant souhaitée par la gestion patrimoniale. Avec cette règlementation permettant la capture des reproducteurs et la gestion patrimoniale qui interdit les empoissonnements (car ils représentent une soi-disant menace pour la souche des poissons locaux), nous nous dirigeons donc inexorablement vers un appauvrissement certains de nos plans d’eau et rivières.

Pour cet exemple, nul besoin d’incriminer le manque de garderie puisque ces actes satisfont complètement à la loi pêche.

Compter sur le bon sens des pêcheurs

Si la règlementation n’est pas appropriée à la quasi-totalité des départements, il ne reste plus qu’à compter sur le bon sens et la jugeote des pêcheurs eux-mêmes. C’est  dire l’ampleur de la tâche…

Nous sommes toutefois forcés de constater qu’il existe un réel manque d’informations à propos du fonctionnement de nos rivières, du mode de vie de nos espèces, de leur cycle biologique. On achète aujourd’hui une carte de pêche, on ne passe pas de permis. Nul besoin de s’embarrasser avec des connaissances. Tout cela associé à une pratique qui recrute désormais plutôt en milieu urbain que dans les zones rurales, cela donne de nouveaux pratiquants qui sont plus au fait de l’actualité donnée par les réseaux sociaux dont le contenu parle le plus souvent d’exploits et de matériel que proche de la nature, des poissons.

Heureusement, il y a ça et là des moniteurs guides de pêche qui enseignent la pratique de la pêche tout en transmettant l’éthique associée. Certains clubs suivent le même raisonnement. Certaines fédérations et AAPPMAs disposent d’écoles de pêche et d’ateliers pêche nature. Mais cela semble pour l’instant bien insuffisant. Les stocks de nos carnassiers diminuent rapidement, nous arrivons à une situation urgente. Il est donc absolument nécessaire de véhiculer une information pertinente, à caractère éducatif tout en l’associant à des mesures concrètes. Comme par exemple reconsidérer cette ouverture du 1er mai…

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Concrètement en ce qui concerne le black bass, qu’est ce que cela donne au 1er mai ?

Et bien sur une large majorité des départements cette date tombe en plein durant la période de reproduction de l’espèce. Car chez le black bass, la période de reproduction ne se résume pas seulement en la fécondation des œufs. Le processus est long et semé d’embuches comme l’illustre parfaitement le dessin de Christophe Hugues.

Aussi, face à la situation actuelle des populations, l’association Black Bass France ne peut qu’encourager les pêcheurs à ne pas solliciter les individus durant une période allant de début d’avril à la fin du mois de juin. C’est long mais il faut avoir en tête que toutes les femelles ne pondent pas en même temps.

La période de reproduction peut alors s’étaler durant plusieurs semaines

Rien ne sert de liker ou de s’enthousiasmer devant des spécimens capturés durant cette période, il n’y a absolument rien de gratifiant dans la capture d’un individu vulnérable et affaibli. C’est même un acte totalement irresponsable qui met en péril les populations à venir au même titre que l’individu capturé, qui affaibli, pourrait succomber après une bataille. Un pêcheur prospectant les bordures au fond sablonneux et bien exposé est soit irresponsable et égoïste soit inculte. Et si d’aventure, par mégarde, il vous arrivait de capturer un mâle défendant son nid, rien ne sert de le prendre en photo, remettez le directement à l’eau afin qu’il retrouve rapidement ses alevins.

L’Association encourage également les gestionnaires à prendre conscience de cette réalité, milite pour la mise en réserve des zones de reproduction, réalise des aménagements de frayères artificielles pour augmenter la superficie de ces mêmes zones.

Bref tout cela pour vous dire que l’ouverture de la pêche des carnassiers au 1er mai est en réalité l’ouverture de la pêche du brochet. Pour les autres espèces il faudra attendre davantage pour pouvoir espérer que cette ouverture ne soit pas la dernière.

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