La pêche en no-kill : une pratique légitime ou non ?

Le No Kill, que l’on pourrait traduire en Français par « pêcher sans tuer » est une pratique qui s’est très largement démocratisée au 21ème siècle. La pêche n’est en effet plus une quête de nourriture ou de complément pour subvenir à ses besoins, mais un loisir à part entière et une pratique sportive.

Parfois décriée, notamment par ceux qui ne le pratiquent pas, ou plus récemment, par les extrémistes de la protection animale, en une pratique qui n’est pas sans conséquence et provoque quand même à terme la mort du poisson. Je vous propose une réflexion sur le no kill de mon point de vue de pêcheur en tentant d’être objectif ; No Kill : bien ou pas bien, légitime ou non ?

Le No Kill qu’est ce que c’est ?

Le No Kill est une pratique qui est née des pêcheurs à la mouche, puis de carpistes anglais le siècle dernier et qui est aujourd’hui presque légion chez les jeunes générations. Le streetfishing et le rockfishing sont passés par là et la pêche en milieu pollué ou la rareté des poissons pousse à relâcher nos partenaires de jeux… La popularité des appareils photos, « la bouche à pixel » permet aussi de valoriser et montrer avec fierté sa capture, sans avoir à tuer le poisson. Mais le No kill que certains préfèrent appeler « Catch and release » (attraper et relâcher) n’est pas un geste anodin. La pêche, que l’on relâche le poisson ou non n’est pas sans impact sur le comportement voire la santé du poisson.

Certaines études scientifiques exploitées par des mouvements extrémistes de protection des animaux (Paris Animaux Zoopolis qui a récemment fait une campagne pour interdire la pêche dans Paris…) évoque une mortalité élevée des poissons relâchés voire quasi-totale ! Il est évident que même si l’étude est scientifique, elle est fausse et les hypothèses retenues lors des tests sont loin de notre réalité. Pour autant, peut-on dire le contraire, à savoir que le no kill est sans conséquence ? Je ne crois pas et nous avons pêcheurs pratiquant le no kill des responsabilités vis-à-vis de nos compagnons.

La bonne pratique

Pour garantir au maximum aux poissons de grandir après avoir été capturés, il faut que la relâche soit idéale en tous points. Au final, plus les manipulations seront parfaites, plus le poisson aura de chance de survie, même 100% de chance de survie. En fait, tout ce qui va limiter les blessures physiques ou le contact avec le milieu « non aquatique » va augmenter les chances du poisson de sortir indemne de votre rencontre. Les hameçons sans ardillon, simples de préférence, l’épuisette à mailles non nouées, pas de fishgrip, décrochage de l’hameçon avec une pince, temps de manipulation limité, se mouiller les mains avant contact… Et  pour les gros poissons, un matelas ou une bâche permet de protéger le muscus et évite les chocs ou les dommages internes. Relâchez votre poisson délicatement lorsque celui-ci est prêt à partir et montre des signes de reprise. Certains poissons comme le thon, les aloses voire le sandre sont réceptifs à des relâches « coup de fouet » : on jette le poisson tête la première dans l’eau. A réaliser lorsque l’on est bien sûr que le poisson va repartir…

100% no kill ?

Le cas idéal de pratique du no kill est un poisson capturé dans de bonnes conditions climatiques (niveau d’eau normal, taux d’oxygène idéal…) un combat énergique mais qui ne fatigue pas le poisson outre mesure, une mise à l’épuisette, quelques photos et un geste de relâche propre et sans bavure.

Mais sur les nombreuses captures que l’on peut réaliser sur une saison, faut-il relâcher tous les poissons ? Je pense que non ! Le pêcheur doit juger si sa capture est « relâchable » ou non. Est-ce que ce poisson va survivre ? En réalité, malgré toutes nos précautions, il arrive qu’un poisson saigne abondamment, qu’il soit mal piqué (au niveau des yeux, arc branchiaux…), qu’il ait été piqué en profondeur (les sandres vivent mal le changement de pression) ou qu’il ne reparte tout simplement pas.

En fait, la santé d’un poisson et le taux de réussite d’une relâche peut-être difficile à estimer. Il faut favoriser jusqu’au bout le catch and release mais admettre aussi qu’un poisson ne peut pas être relâché. Cela ne représente heureusement qu’un, deux, voire trois poissons, pas plus par saison lorsque l’on fait attention.

Pratiquer le no kill est aussi une façon de se déculpabiliser, mais attention de ne pas faire n’importe quoi, au risque que la pratique soit perçue négativement.

De nombreux exemples de bienfaits du nokill

Sur les réseaux sociaux, tous les ans, de nombreux pêcheurs de truites ou brochets (robe d’un individu facilement reconnaissable) arrivent à pêcher et photographier des poissons capturés à plusieurs reprises. Certains individus sont en effet facilement reconnaissables et possèdent un ou des points particuliers (nageoire abimée, de forme atypique ou coupée, tâches…). Cela est vrai dans des milieux fermés en étang comme en milieu ouvert en rivière sur des poissons complètement sauvages.

Autre exemple, lors des championnats du monde en Italie, en compétition truite sur des rivières naturellement assez pauvres, ont été lâchés environs 2000 poissons. En fin de compétition, on compte 5000 captures… Certains poissons sont capturés surement 5 fois dans le weekend, preuve qu’il garde l’appétit et un comportement sain de recherche de nourriture ou de défense du territoire.

Enfin, les parcours estampillés No Kill, où il est obligatoire de relâcher sa capture montre souvent, à pression de pêche égale, un cheptel piscicole plus riche et de plus gros poissons.

Pêche en no-kill
Un brochet vosgiens de 106cm reconnaissable à sa nageoire anale que j’ai déjà vu sur la toile mesurant près de 115 cm avant que je ne le capture.

Conclusion

Du point de vue des pêcheurs, le no kill est une excellente chose. Il faut continuer à le pratiquer intelligemment et convaincre que cette pratique est une solution durable, viable et respectueuse de la nature.

En théorie, le poisson repart vivant avec une énorme chance de survivre. Il ne faut pas se voiler la face, un petit nombre succombe de maladies, pathologies ou blessures liées à la pêche… Mais vous pouvez en être convaincu, le taux de mortalité est très faible, moins de 5%.  Il faut pratiquer au maximum le no kill et se donner les moyens de le faire bien.

Pêche en no-kill
Une petit truite capturée à une semaine intervalle.

Un commentaire

  1. Bonjour, bonne article !

    Je soutiens vos propos ! J’ai moi même capturé un brochet à deux reprises ! En 2016, il faisait 1m17, et en 2019 il en faisait deux de plus ! Comme quoi le premier release a bien été efficace !
    Cependant faut-il relâcher toutes les espèces de poissons ? Notamment les silures par exemple ?? C’est aussi un bon gros débat !

    N’hésitez pas à consulter mon site internet : https://apprendre-la-peche-en-ligne.com

    Merci pour cette article, à bientôt
    tom

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