La pêche, c’est compliqué! (Notice pour les débutants)

Par Emmanuelle Jacquot

Ayant débuté il y a peu, j’avais envie de faire un récapitulatif de ma vie de pêcheuse, histoire de regarder un peu dans le rétro pour mesurer le chemin parcouru. Je le partage donc ici, et j’espère qu’il aidera certains débutants à s’y retrouver dans cette grande jungle qu’est le monde de la pêche.

 

En mer ou rivières ? N’habitant pas les côtes, c’est en eau douce.

Consommés ou relâchés ? N’ayant pas l’âme tueuse, c’est forcément en no-kill.

Dans, sur, ou à côté de l’eau? Ne possédant ni bateau, ni tenue de plongée, c’est du bord. (Note personnelle : plus tard, apprendre à domestiquer, ce curieux engin nommé float-tube, à mi-chemin entre bouée et siège gonflable, où on avance à reculons, en palmant, sans rétroviseur! Et dire qu’on se moque de la démarche du crabe…)

Carnivores ou cyprins ? Je m’intéresse aux prédateurs : brochets, black-bass, sandres, perches, truites, silures, (que je dois distinguer, car ils ne se traquent pas de la même manière), mieux armés que leurs proies. Même celles-ci se prennent parfois pour des carnassiers : ombres, poissons chats, chevennes, barbeaux, carpes, brèmes…

Appâts naturels ou artificiels ? Prendre un poisson avec un autre poisson (vivant ou mort), pour gracier le premier en condamnant le second, est illogique. Quant à l’emploi du ver, beurk !

Quelle technique ? Street-fishing, drop-shot, au toc, à la mouche, en vertical, au posé, et j’en passe ! Moi, j’aime quand ça bouge et que je découvre, pas la méthode pantouflarde, mais pas la compétition non plus. (Ils appellent ça, pêche sportive, c’est très réducteur à mes yeux, mais puisqu’il faut un nom à tout…)

Casting/spinning ? Deux cannes de conception différente : la première, reconnaissable à son moulinet simplifié, situé sur le dessus, permet une prospection plus rapide. Inconvénient, le fil s’emmêle souvent (dit, perruques), et le lancé sur le côté n’est pas possible partout. Donc les deux sont complémentaires. NB : Passer de l’une à l’autre, alors que leurs maniements divergent radicalement, ce n’est pas une sinécure !

peche-complique-materiel-02Leurres souples ? Alors, accrochez-vous, parce que ça se corse : vous avez les finess ou paddle, entendez par là, à queue fine, convenant dans un fort courant, ou plate, émettant de fortes vibrations perceptibles par notre objectif. Ils se mesurent en pouce, (pourquoi faire simple ?) et n’allez pas mesurer le votre, parce que cela n’a rien à voir, même pas dans le sens de la largeur.  On tiendra compte du type de poisson convoité, et de la température de l’eau, pour jouer sur cette taille. Y’en a des, parfumés aux phéromones, à la crevette, au ver de terre, etc.… Ils se déclinent sous toutes les formes et couleur, imitant, avec plus ou moins de bonheur, vairons et crustacés. Il faut y ajouter une tête plombée, (ou un plomb) dont le grammage est proportionnel au leurre et au courant, muni d’un hameçon simple ou triple, avec ou sans ardillon : selon qu’on privilégie le confort de l’animal, ou l’efficacité. (Le Texan, caché dans la masse molle du souple ne s’accroche pas sur les obstacles du parcours, mais il n’est pas applicable sur la truite dont la gueule est trop petite pour s’en saisir.) Ces montages requièrent adresse, et logique : (queue vers le bas, ventre dessous, profil droit, piqué au centre.) Il est bon de vérifier sa nage, sur le bord, afin de voir comment l’animer le plus naturellement possible. En effet, ce type d’appât ne se ramène pas en linéaire.

Vous êtes toujours là ? Pas trop perdus ? C’est bien ! Mais c’est loin d’être fini!

Et durs ? Plus chers que les précédents, on en perd toutefois moins, du fait qu’ils raclent peu le fond. (Il est bon d’avoir les deus sortes). Ils adoptent également différents coloris et imitations, s’articulent parfois, peuvent contenir des billes pour augmenter les vibrations. Ils sont plongeants, ou flottants, poppers, à cuillères, (qui n’ont de culinaires que le nom), tournantes, ondulantes, lames (qui ne coupent pas), plombs palettes, avec ou sans bavette, lipless, de surface, rondouillards, ou filiformes, de toutes tailles et poids. Si on ajoute l’attrait des marques, on a une fourchette de prix s’étalant de 2 à 30€ environ (pièce). Sachant, qu’en tant que débutante, j’en égare dans la nature, au minimum deux par sorties ! Le choix dépend aussi, du courant et du poisson recherché : inutile de mettre un trop rond avec un grand bec dans un débit d’eau trop puissant : il ne nagera pas correctement. Inutile également, de proposer des couleurs fluo, et des allures excentriques à la truite fario qui risque juste de s’enfuir. Plus la bavette (plastique transparent devant) est longue, plus le leurre ira profond. Le silure et le brochet ont la réputation de préférer les trucs qui font du bruit : lames, cuillères, billes. Mais rien n’est assuré à l’avance, et des erreurs stratégiques peuvent s’avérer gagnantes : (la chance du débutant ou du hasard ?)

Vous tenez bons ? Allez encore deux trois petites choses.

 

peche-complique-materiel-01Les cannes ? Celles-ci se mesurent en pieds, (Merci à nos voisins anglais, de nous faciliter la vie.) Si vous espérez sortir un gros brochet avec une 5/20 (envoi un leurre de 5 minimum à 20grs maximum), elle risque de se fendre (la gueule) en deux. A l’inverse, une canne trop puissante ne perçoit pas la touche d’un petit poisson. Il faut donc plusieurs cannes, non seulement spinning et casting, mais de moyenne et forte puissance. Il y a aussi les actions de pointe (qui travaille du chapeau, non du scion), et paraboliques, (celles-ci plus souples, facilitent les lancés des débutants). Bon, mais ça devient pointu, là, quand même !

peche-complique-materiel-03Moulinets ? J’avoue qu’à ce niveau, j’ai décroché. Si je vous dis que sa puissance doit être proportionnelle à la canne, j’enfonce des portes ouvertes. Vous imaginez une Ferrari avec des roues vélo ? Plus il y a de roulements à bille et plus…ça roule bien ! Je fais ma blonde ? Ok, alors, prenez la bestiole et faites la tourner lentement, ça doit couler sans accro, ni grincement. Ne rêvez pas, comme pour les cannes, si vous n’y mettez pas une centaine d’euros, ne comptez pas faire beaucoup d’heures de vol avec. Il ya des réglages de frein possible, plus on envoi du lourd, moins on freine, on peut le desserrer aussi en cas de prise fougueuse, pour ne pas trop faire souffrir la mécanique, et un anti-retour, (en roues libres ou pas).

Tresse ou nylon ? Il faut du fil pour mettre sur le moulinet, (si, si, je vous assure) ! La tresse, est considérablement plus résistante, mais moins souple. Elle nécessite un bas de ligne de nylon en bout, donc un nœud supplémentaire. Ha ! Les nœuds (plusieurs différents, spécifiques et compliqués, bien sûr, ce ne serait pas rigolo si non !) à faire et refaire au bord de l’eau, les doigts mouillés ou gelés, la goutte au nez, engoncé  et empêtré dans un équipement lourd, sur du fil transparent et sans lunette, (parce que ma troisième paire est encore tombée dans l’eau), que du bonheur ! Pour cette raison, je préfère le nylon. Et, c’est une évidence, plus on pêche en eaux claires, ou des poissons méfiants, plus on descend en calibre, pour être discret, mais si on exagère, ça casse. Ne pas omettre l’agrafe ou émerillon  en bout de ligne, pour changer de leurre plus facilement.

Carte_ReciprociteEnfin les cartes ? Je pensais, bêtement, qu’avec une carte nationale, (moins de 90€ pour un homme, 30€ pour une femme, actuellement), on pouvait pêcher partout en France. C’était sans compter avec les prétentions indépendantistes du Jura, de l’Ardèche, de l’Alsace, et de la Savoie, qui ont leur propre permis. (Sans commentaire, si non que je n’irai pas chez eux.) La législation, sur le nombre de prises autorisées et les dates d’ouvertures (échelonnées selon les espèces), sont aussi différentes d’un département à l’autre. Pour comprendre ce manque d’harmonisation, il faut bien imaginer, que ni l’empoissonnement, ni la météo, donc les périodes de frai, ne sont identiques à Marseille ou à Paris. Il est donc juste de s’adapter aux conditions du lieu où on pêche, (même en catch et release, j’évite de déranger un poisson en période de reproduction).

Conclusion

J’ai conscience que ça parait complexe, technique, parfois inabordable, et en tout cas, peu attrayant. Mais j’ai appris à lire, à faire du vélo, à conduire. C’était long et fastidieux. Pourtant, ce fut à chaque fois, la même euphorie, joie et fierté, quand j’ai réussi. Bien sûr, je n’ai pu apprendre seule, et le choix du professeur est essentiel. Quand même, quel bonheur, l’instant, encore trop rare à mon goût, où je découvre, après des moments de lutte et de doutes, le poisson que j’ai attrapé, et que je peux le libérer dans un au revoir respectueux. Il faut vraiment essayer pour en saisir toutes les émotions. A ce moment, je sais, que ça en vaut la peine.

 

 

 

 

 

 

2 commentaires

  1. J’adore ton article ! C’est une belle introduction en matière et j’avoue être passé par toutes les étapes que tu as citées … Je peche en eau douce depuis 1 an et demi maintenant et c’est devenu une véritable passion, et même si je n’attrape pas à chaque fois des poissons c’est un merveilleux moyen de découvrir et d’être en harmonie avec la nature … Bonne pêche à tous !

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