Carpe géante : quelle est leur place dans le cheptel ?

Qui n’a pas rêvé de capturer une carpe géante, la plus grosse du lac ? Le secret pour y arriver : essayer de comprendre ce qui se passe sous l’eau, au sein d’un groupe, au sein du cheptel.

Dans tous les lacs, dans tous les biefs de fleuves, il y a une carpe géante, souvent bien plus grosse que les autres. Elle règne en maître sur son territoire. Ce genre de poisson se fait souvent capturer au même endroit. Mon frère et moi sommes à la recherche de tels spécimens. Nous avons donc essayé de comprendre leur fonctionnement, leurs habitudes, leur place dans la chaîne alimentaire, dans le but de les attraper plus facilement. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ces observations nous ont apporté des réponses surprenantes.

Place d'une grosse carpe géante dans un cheptel
C’est un vrai défi de traquer la grosse du lac.
Place d'une grosse carpe géante dans un cheptel
Cette toute petite crique a servi de zone d’alimentation à la grosse du lac pendant des années.

Une population pyramidale

Dans la plupart des lieux de pêche, la population de carpes (le cheptel) est de type pyramidal. C’est-à-dire qu’il y a beaucoup d’individus de petite taille, moins de carpes de taille moyenne et peu de grosses. En résumé, la proportion des individus de petite taille est bien plus élevée que celle de grosse taille. En haut de cette pyramide, on trouve un poisson qui sort du lot, un poisson dont la croissance a été plus rapide et plus poussée que les autres. Il occupe cette place souvent seul, et ce pour plusieurs années. C’est un peu la « star » du lac. Le poisson que tout le monde espère prendre un jour. Une sorte de mythe se créé parfois autour d’une telle carpe. On apprend sa mort au moins dix fois par an, qu’il s’est fait déplacer pour atterrir dans un plan d’eau privé. Bref autant de ragots plus faux les uns que les autres alimentés par les carpistes eux-mêmes. Mais là n’est pas le sujet.

Mon frère et moi pensons aussi qu’il y a des poissons leader de groupe, qui ont accès à la nourriture en premier ce qui explique leur taille et leur poids plus importants que les autres.

Mon frère et moi n’avons de cesse de traquer ces poissons de par leur poids et leur caractère exceptionnel. Dans cette optique nous avons tenté d’observer leurs mœurs et surtout leur place dans le cheptel. Nous avons remarqué que ces poissons occupent des niches écologiques bien spécifiques. Ils sont d’une part très territoriaux. Ils passent l’essentiel de leur temps dans les mêmes zones, si l’on occulte évidemment les migrations pour aller sur les zones de frai. Cette information est importante, car il est ainsi plus facile de cibler un tel spécimen. Nous avons remarqué également que ces poissons étaient en quelque sorte respectés par les autres carpes qui n’essayent pas de prendre leur place. En clair il y a donc une hiérarchie qui se crée au sein d’un cheptel. On savait déjà qu’il y avait certains poissons (poissons pilotes) qui rentraient et testaient les amorçages avant les autres. Mon frère et moi pensons aussi qu’il y a des poissons leader de groupe, qui ont accès à la nourriture en premier (juste après le poisson pilote) ce qui explique leur taille et leur poids plus important que les autres. On peut comparer cela à un lion qui se nourrit d’abord et qui laisse les restes de son repas aux plus jeunes et aux femelles de sa troupe. On peut donc comparer certaines carpes à de véritables chefs de meute. Nous avons remarqué que ce ne sont pas les poissons les plus difficiles à capturer pour deux raisons. La première rejoint ce que j’expliquais plus haut. En admettant que ce sont ces carpes qui ont prioritairement accès à la nourriture par rapport au reste du cheptel, on peut concevoir que ces carpes se font piéger plus rapidement. La deuxième est due à la pression de pêche. Les carpistes ciblent ce type de carpes, les zones où elles se font capturer sont bien connues et souvent sur-pêchées, permettant de les capturer plus rapidement.

J’ouvre une petite parenthèse sur l’évolution de la taille des poissons. Oui, les carpes peuvent prendre quelques centimètres bien après que leur croissance ne se soit arrêtée. Cette croissance est à mes yeux, bien plus significative que le poids pour définir la place qu’occupe une carpe au sein d’un cheptel. Le poids d’un poisson varie énormément au cours d’une année en fonction de la saison et de la reproduction. Ce n’est pas du tout le cas pour la taille. Certes la carpe grandit tout au long de sa vie, mais les pics de croissance peuvent être interprétés comme des évolutions au sein du cheptel.

Dans certains grands lacs, on remarque qu’il existe plusieurs grosses carpes qui vivent à des endroits différents. Le seul moment où l’on peut les capturer ensemble est pendant la période de fraie. Ainsi, on peut imaginer que ce sont tous des poissons leader qui régissent le groupe d’individus avec lequel ils vivent. Mais malgré cela, on remarque toujours qu’il y a un poisson hors norme, vraiment plus gros que tous les autres. Vous me direz que cela est dû à son potentiel génétique plus conséquent que celui de ces voisins, plus apte à devenir énorme. C’est ce que nous croyions nous aussi avant d’observer comment s’effectue le remplacement de ce type de poisson au sein du cheptel.

Place d'une grosse carpe géante dans un cheptel
« Mat ! C’est la grosse ! J’ai oublié l’épuisette !!! »
Place d'une grosse carpe géante dans un cheptel
Certains poissons attendent une place vacante avant de devenir la nouvelle « grosse » du lac.

Renouvellement de la tête de la pyramide

Comme dans tous les cycles naturels, il faut qu’il y ait un renouvellement dans un cheptel de carpes. Idem pour ces poissons hors normes, qui doivent laisser la place à de nouveaux individus. Très étrangement, ces successions sont prévisibles, car elles se font toujours de la même façon (en suivant le même schéma). Dans un premier temps, on observe une augmentation progressive du nombre de captures de cette carpe. Si par exemple, le poisson se fait prendre tous les deux mois habituellement, on le verra sortir tous les mois. Cette augmentation du nombre de captures est logiquement accompagnée d’une prise de poids. Normal me direz-vous, le poisson mange plus donc il grossit. Certes, mais dans ce cas précis, je parle d’une prise de poids très importante et très rapide. On constate des augmentations de quatre voire cinq kilos en deux mois, ce qui est vertigineux. Puis la fréquence des captures augmente à nouveau pour arriver à un maximum où le poisson se fait prendre par exemple trois fois en deux semaines.

La question qu’il faut se poser est la suivante. Si cette carpe avait le potentiel génétique et environnemental pour atteindre les 31 ou 32 kilos, comment se fait-il qu’elle ait stagné pendant des années à un poids et à une taille inférieure ?

On constate également que le poisson ne se fait plus capturer uniquement sur ses zones de prédilection, mais un petit peu partout sur le lac. Et tout d’un coup, cela s’arrête net. On entend plus parler de la carpe, puis on la retrouve morte quelques jours plus tard. En mourant cette carpe laisse vacante une place dans le cheptel qui va être rapidement comblée par un autre poisson. On remarque toujours le même phénomène. Un poisson, qui stagnait au même poids pendant plusieurs années voit sa masse augmenter d’un seul coup. On observe également un accroissement de la taille de son squelette : la carpe prend quelques centimètres en longueur. C’est hallucinant ! On a franchement l’impression que ce poisson n’attendait que la mort du précédent pour prendre sa place. En une saison il peut prendre 5 cm en longueur et 3, 4 voire 5 kilos parfois. On a souvent observé avec le frangin des poissons qui stagnaient à 26 ou 27 kilos et qui explosaient en un an pour attendre 31 ou 32 kilos à la mort du poisson dominant. Ce poisson devient ainsi le nouveau gros poisson et gardera cette place pendant plusieurs années. La question qu’il faut se poser est la suivante. Si cette carpe avait le potentiel génétique et environnemental pour atteindre les 31 ou 32 kilos (en somme la même taille que sa prédécessrice), comment se fait-il qu’elle ait stagné pendant des années à une taille et à un poids inférieurs ? Comment se fait-il qu’elle n’ait pas mené sa croissance à son terme ? Pour nous, la seule explication possible est qu’il existe entre les poissons une relation dominant/dominé, mettant en avant un poisson en particulier et une hiérarchie au sein d’un cheptel.

Place d'une grosse carpe géante dans un cheptel
Lorsqu’une grosse miroir meurt dans un lac où il n’y a pas de rempoissonnement en grosses miroirs, elle est souvent remplacée par une commune.

Gravière à fort potentiel

En France, il existe certains lieux de pêche où le cheptel de carpe n’est pas de type pyramidal. Ce sont essentiellement des gravières de petite taille, où l’homme et la pression de pêche ont complètement modifié le comportement des poissons. Dans ce type de lieu, il est possible d’observer plusieurs poissons atteignant en même temps leur poids maximal et leur taille maximale. On peut aisément comprendre la raison de ce dysfonctionnement. La surabondance de nourriture artificielle a pour effet de gommer la hiérarchie entre les poissons. En clair, il y a tellement de nourriture qu’il n’y a pas à se battre pour en avoir. Plusieurs poissons grandissent au maximum en même temps au lieu de le faire successivement. En l’absence de ce stock de nourriture grassement déposé par la main de l’homme, on peut imaginer qu’un seul poisson aurait atteint le haut de la pyramide, et que les autres auraient attendu à des poids inférieurs avant de devenir (un à un) ses successeurs.

Ces poissons de rêve ne sont paradoxalement pas les plus durs à capturer. Ils mangent beaucoup, se nourrissent fréquemment et à toutes saisons. En ciblant leur zone de tenue ainsi que leurs habitudes alimentaires (en clair, les spots où ils se nourrissent), vous ne devriez pas attendre trop longtemps avant d’être récompensés.

Place d'une grosse carpe géante dans un cheptel
Cette grosse carpe est morte aujourd’hui ! Mais dans une gravière à forte pression, d’autres carpes occupent la même niche écologique, à la tête de la pyramide.

 

Conclusion

La pêche est une passion qui permet sans cesse de repousser ses limites et qui nécessite une compréhension de ce qui se passe sous l’eau pour atteindre ses objectifs. Pour mon frère et moi, c’est un vrai plaisir d’essayer de comprendre et d’interpréter ce que nous vivons à la pêche, mais c’est loin d’être facile. Les théories comme celle développée ci-dessus n’ont pas d’appui scientifique et découlent juste de nos propres observations (il faut dire qu’il y a très peu d’études menées sur la carpe). Malgré tout, ces analyses nous ont énormément servies que ce soit pour la pêche en elle-même ou juste pour tenter de mieux comprendre ce poisson qui nous fascine depuis tant d’années.

Place d'une grosse carpe géante dans un cheptel
Des années à traquer les gros spécimens nous ont permis de comprendre un petit peu leur fonctionnement et leur place au sein d’un cheptel.

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