Cannibalisme chez les carnassiers : en profiter pour sa pêche

Les carnassiers qui peuplent nos eaux sont des poissons ichtyophages, qui mangent d’autres poissons. Ces prédateurs, en plus de leur instinct alimentaire primitif sont des poissons au comportement souvent agressif, pour notamment protéger des zones stratégiques où ils trouvent des proies en abondance sans effort ou des partenaires de reproduction durant la saison des amours.

Intéressons-nous à ces comportements alimentaires et agressifs pour nous pencher sur le cannibalisme, très présent chez les carnassiers.

Le cannibalisme, pourquoi ?

Le cannibalisme chez les êtres vivants consiste à consommer un individu de sa propre espèce. Le cannibalisme est très présent chez les poissons et bien sûr chez les poissons ichtyophages (qui se nourrissent de poissons) que sont les carnassiers. De nombreuses raisons expliquent le cannibalisme chez les prédateurs d’eau douce (en particulier) et nous allons voir que nous, pêcheurs, avons tout lieu d’exploiter ce mécanisme d’alimentation. Voyons ensemble ce qu’apporte le cannibalisme chez les poissons.

Tout d’abord, sauf lâchers de nouvelles espèces dans un nouveau milieu, il y a naturellement et mécaniquement d’autres poissons de la même espèce dans la zone. Par exemple, là où se trouvent des brochets de 50cm, il y a forcément des congénères de la même espèce, des brochetons, mais aussi sûrement des poissons plus gros. Lorsqu’un prédateur est présent, ses juvéniles le sont aussi et partagent sûrement les mêmes zones. Ses congénères constituent donc naturellement des proies potentielles, plus petites que l’individu qui les chasse. Ces proies mécaniquement en présence sont aussi des proies riches, faciles à trouver, à assimiler et métaboliser. Outre l’aspect alimentaire direct, manger un congénère, c’est aussi réguler la population de prédateurs et donc de concurrents alimentaires mais aussi limiter les rivaux pour la reproduction. C’est aussi une sorte de sélection naturelle où ne vont grandir que les individus capables d’échapper à la prédation.

Cannibalisme chez les poissons carnassiers
Un brocheton qui voulait surement éliminer un rivale… et manger facilement.

De nombreux exemples

Les exemples de cannibalisme sont nombreux, sur tous types de biotopes, particulièrement quand une espèce de prédateur est dominante. La nature a tendance à se réguler et s’équilibrer, s’il y a trop de brochets, maitre esox aura tendance à chasser les individus plus petits que lui voire même de sa taille pour défendre un territoire. La femelle n’hésitera pas à manger un mâle à peine plus petit qu’elle, ce qui représente une proie de taille considérable. Il en est de même pour les silures… En ruisseau de montagne, les truites adultes auront tendance à chasser les juvéniles et truitelles, qui complètent le menu varié de nos mouchetés. Il en va de même pour le sandre et le silure, quand des reproductions se passent « trop bien » et qu’il y a beaucoup de juvéniles. Les black-bass n’échappent pas non plus à la règle ; même si le mâle protège quelques semaines sa progéniture, ces derniers ne tardent pas à devenir des proies pour leurs congénères plus gros.  Les poissons chassent les proies les plus faciles à trouver et les plus abondantes, et il est courant qu’il s’agisse de leurs congénères. On remarque d’ailleurs que ce cannibalisme est souvent « volontaire » et ciblé. Les carnassiers chassent simplement les proies « faciles », le cannibalisme par « inadvertance » étant plutôt rare. L’un des cas qui me vient en tête pourrait être celui de l’aspe ou du chevaine, lorsque leurs juvéniles partagent les mêmes bancs que les vandoises, ablettes ou gardons… et que les gros individus de ces carnassiers cyprins foncent dans le tas sans distinguer l’espèce qu’ils ciblent.

Exploiter le cannibalisme à la pêche

De nombreuses marques et fabricants, pour ne pas dire tous, possèdent dans leur gamme de leurres dédiés à une espèce des coloris de la même espèce ! Dans les « gammes brochet » on retrouve presque systématiquement un coloris « brochet » typique, dans les gammes truite aussi : coloris yamame, truitelles, rainbow trout… il en est de même pour le blackbass, la perche. Pour le silure et le sandre de couleurs plutôt neutres, on trouve moins systématiquement de leurres aux mêmes couleurs, mais il en existe aussi.  Ces coloris explicites ne laissent aucun doute. Si le cannibalisme a bien été observé par les marques qui proposent ces leurres, on remarque que les articles traitant du sujet sont plutôt rares.

En tant que pêcheur de carnassiers au leurre (au vif, utiliser la même espèce est quasiment tout le temps illégal…), on aurait tort de se passer d’exploiter le cannibalisme. En fait, il faudrait même considéré que parmi les couleurs de leurre qui peuvent fonctionner, un coloris imitant l’espèce ciblée sera un classique ! Ce raisonnement est très simple à appliquer, puisqu’il ne vous demande pas de modifier votre matériel, canne+moulinet+fil, mais seulement d’ajuster le coloris et légèrement la taille de votre leurre.  Outre la couleur, il faudra aussi adapter la taille des leurres utilisés. Pour la truite en petit ruisseau, on pourra utiliser des mini poissons nageurs arborant les couleurs d’une truitelle… A l’opposé, pour les brochets records, on pourra utiliser un très gros leurre imitant un brochet.

Si la pêche est difficile et que rien ne semble fonctionner, n’hésitez pas à tenter le coloris imitant l’espèce que vous convoitez… Vous serez surement surpris !

Cannibalisme chez les poissons carnassiers

3 commentaires

  1. Bonjour, belle article comme d’habitude !

    Avez vous remarqué des prises plus abondantes à l’approche de la reproduction de l’espèce ciblée ?

    Par exemple avec le brochet :
    – les attaques sur des leurres imitant un brochet fonctionnent-ils mieux à l’approche de la fermeture du brochet qu’en plein automne ?
    – Ou les attaques sont sensiblement les mêmes quelques soit la période !

    Merci pour votre réponse !
    Tom du blog https://apprendre-la-peche-en-ligne.com/

    1. Bonjour et merci pour vos retours.
      En fait ce n’est pas vraiment la reproduction approchant qui favorise le cannibalisme. Après reproduction, les juvéniles très présents sont souvent la cible de leurs congénères à peine plus gros ou de poisson se refaisant une santé après la reproduction. Chez le brochet, en utilisant des leurres imitant esox, il y a de très bons résultats à l’ouverture jusqu’à juillet.
      A l’approche de la repro, des gros leurres imitant un rival ou une proie facile, combiné avec le froid est très productif à l’approche de la reproduction.

      Merci. Morgan

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