Découverte du diamant d’émeraude : pêcher la carpe au lac de Vouglans

Le retour à la civilisation est difficile pourtant la session fut courte. Quatre jours sur les berges de ce géant auront suffit à provoquer en nous un sentiment de dépaysement total. Avec ses 35 kilomètres de long et ses 1 600 hectares, le lac de Vouglans transporte ceux qui foulent ses berges dans une autre dimension. Ce terrain de jeu est le plus beau lac que je n’ai jamais pêché et l’empreinte qu’il a laissé en moi va m’amener à y retourner en 2015.

Le géant d'Emeraude
Le géant d’Emeraude

Cela fait quelques mois que je n’ai pas pêché avec mon ami Mickaël. Nous profitons de ces retrouvailles pour aller se challenger sur un gros lac difficile. Notre saison ayant été globalement très bonne, nous partons sans pression, sans prétention et sans objectif précis. La découverte commence dès les derniers kilomètres qui nous séparent du lac. Au travers des feuillages qui prennent leur allure d’automne, nous l’apercevons enfin, magistral. Un petit chemin de terre nous amène sur ses berges. Le lac est abaissé de 14 mètres, nous laissant pour seul choix que de transporter le matériel et les zodiacs dans une pente à 45 degrés. La seule mise à l’eau praticable nous obligerait à faire un détour en bateau de plusieurs kilomètres pour rejoindre la zone que nous souhaitons explorer. Nous voilà enfin posés sur nos pneumatiques, direction l’aval ! Après la première pointe, la grandeur du lac nous saute au visage. Il est aussi beau qu’impressionnant ! Entre les falaises et les forêts, nous nous sentons écrasés sur cette masse d’eau. J’allume alors l’échosondeur, il y a 70 mètres de flotte sous nos bateaux…

En mode repérage
En mode repérage

Trouver les poissons

On se jette un regard, on se comprend ! Il n’y a pas grand-chose qui nous impressionne à la pêche mais il faut bien dire que là, on se sent tout petits. Nous consacrerons 3 bonnes heures à longer les berges à l’affût de la moindre activité jusqu’à nous engouffrer dans une baie de plusieurs dizaines d’hectares. La nuit approchant, nous décidons de nous y installer pour les 24 premières heures. Nous éclatons trois cannes chacun en spot dans des profondeurs différentes, entre 2 et 12 mètres.

La nuit est tombée et nous sommes tous les deux sur l’eau à gratter des spots pour nos deux dernières cannes à déposer lorsqu’un long bip ininterrompu résonne. Mickaël démarre son thermique et revient sur la berge pour prendre la canne mais le poisson est déjà souché. Malgré nos efforts, la casse est inévitable. Une heure de pêche et déjà une touche. C’est plutôt bon signe mais c’était le pire moment pour que cela se produise.

Le lac disparaît sous la brume
Le lac disparaît sous la brume

Le montage reposé à l’identique ne va pas tarder à se faire aspirer une seconde fois, dans la soirée. Réaction rapide et départ en bateau pour assurer le combat au-dessus des souches. Le poisson de taille modeste laisse éclater une gerbe d’eau en surface et glisse dans le triangle. On explose de joie, il semblerait qu’on ait trouvé les poissons.

Premier poisson de la session
Premier poisson de la session

La nuit est maintenant installée depuis plusieurs heures. Le moindre bruit est amplifié dans la vallée, donnant au lieu une ambiance particulière, presque flippante. Mais nous dormons profondément malgré tout, bien aidés par la fatigue. Soudain, c’est encore sur les cannes de Mickaël, en fond de baie, qu’un départ nous sort des bras de Morphée. Le réveil est brutal dans le froid, la brume et l’humidité qui accentuent encore cette ambiance froide et particulière. C’est à mon tour de jouer et nous rejoignons le poisson au thermique car la canne est déposée très loin du poste. C’est une petite commune bien dorée qui monte à bord. Le jour ne va pas tarder à se lever, on s’affaire donc à tout remettre en place pour le début de journée. La brume est épaisse et retenue par le relief des berges abruptes. Depuis nos beds chair, nous ne distinguons plus le lac face à nous. Il est l’heure de se boire un café bien chaud pour profiter de cette ambiance brumeuse.

En milieu de matinée, le soleil perce enfin et les températures deviennent estivales, nous faisant oublier que nous sommes au mois d’octobre. Se pose alors à nous la question de la suite à donner à notre session, sachant qu’il nous reste trois nuits. Nous pêchons sur des poissons c’est évident, mais nous avons tout de même envie de pêcher autre chose et nous avons retenu un poste sur notre trajet en arrivant. Au final, nous décidons de pousser 24 heures de plus pour exploiter la zone actuelle et gratter les quelques poissons qui trainent dans cette baie. Pendant que Mickaël reste au camp, je pars amorcer l’autre poste situé 4 kilomètres en amont avec 10 kilos d’un mélange de graines et de bouillettes.

Miroir de souche
Miroir de souche

A mon retour, un run survient une nouvelle fois sur un des spots de Mickaël. Le soleil est au zénith, nous permettant d’apercevoir la carpe se débattre à l’aplomb du bateau. Nous touchons enfin une miroir typique du lac. Sa taille modeste n’enlève rien à notre joie ! Ces premières 24 heures sont une réussite même si, malgré tous mes efforts pour bouger les cannes, elles ne m’ont pour l’instant rapporté aucun poisson.

Un petit point météo nous confirme une dégradation pour le lendemain midi, nous bougerons donc à la première heure pour éviter un transport sous la pluie.
En début de nuit, la tendance se confirme, car Mickaël fait mouche une nouvelle fois en fond de baie. C’est à mon tour d’aller combattre la belle en pleine eau, les joues fouettées par un vent frais. L’issue du combat est à notre avantage et c’est une nouvelle commune typique du lac qui rejoint le tapis. Plus tard dans la nuit, un de mes détecteurs chante enfin ! A force de gratter, j’ai réussi à toucher un poisson. La zone n’étant pas trop minée, j’assure le combat depuis la berge alors que Mickaël, en déficit de sommeil, n’a même pas bougé de son duvet. Il ne se rendra compte de la prise qu’au petit matin, en voyant un second sac de conservation accroché au pique.

Ce poisson confirme notre choix pour le premier poste
Ce poisson confirme notre choix pour le premier poste

Le réveil est tardif et ensoleillé même si on sent bien que la météo va changer. La fatigue commence doucement à se faire sentir. La cafetière italienne n’a que peu de répit et on commence à organiser le pliage rapide des affaires et le transfert vers l’autre poste. Un peu plus tard les poissons sont relâchés, le bivouac est plié, les bateaux sont chargés, c’est parti pour le 2ème poste…

Ce lac offre des paysages magnifiques
Ce lac offre des paysages magnifiques

Changement de poste

Arrivé sur ce nouveau poste, l’ambiance est complètement différente et tout aussi belle. Le lac, à cet endroit, est très large. Nous sommes installés sur une pente pleine de souches qui se dresse derrière nous comme un véritable mur. Çà et là, des traces caractéristiques du passage de sangliers nous laissent présager de leur présence proche et qu’il serait tout à fait possible qu’on reçoive leur visite !

Commune aux nageoires surdimensionnées
Commune aux nageoires surdimensionnées

Nous avons géré le changement de poste à merveille, la pluie ne s’invitera qu’une fois les cannes en place, c’est parfait ! Le poste est atypique, et ne correspond pas vraiment à ce que l’on rencontre habituellement sur un lac de barrage. En effet, un plateau d’une centaine de mètres de large en forme de dôme avance devant nous pour ensuite s’engouffrer dans le lit de la rivière plusieurs dizaines de mètres plus bas. Avant cette grosse cassure, située à plus de 100 mètres du bord, les fonds en pente douce s’échelonnent jusque dans 12 mètres de profondeur. Les cannes sont étalées dans des profondeurs différentes jusqu’à la cassure.

La soirée est calme et ce n’est que vers minuit que Mickaël (encore !) enregistre le premier run mais, assez vite, il sent que le poisson est tanké… On va sur la zone en zodiac mais rien n’y fera, le poisson est perdu. Comme pressenti, on aura le droit à la visite des sangliers au beau milieu de la nuit. Même en y étant préparé ça surprend d’entendre leur souffle à quelques mètres derrière l’abri ! Difficile de dire combien ils étaient mais ils sont partis dans un galop bruyant faisant craquer les premiers mètres de la forêt pendant plusieurs secondes.

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Même canne et même finalité : poisson tanké dans une autre souche quelques mètres à côté de la première… Après avoir réfléchi à un système pour faire flotter la ligne sous la surface, on décide de poser le montage 10 mètres moins loin en espérant que ces souches ne soient que quelques sujets isolés.

Le jour est déjà bien installé lorsque nous ouvrons les yeux. La brume n’est présente que sur le haut des collines qui nous entourent et s’agglutine le long des falaises. Et c’est à mon tour de faire dérouler une de mes cannes. Encore un run sur une canne placée en profondeur. Je laisse le poisson à Micka, puisque c’est moi qui ai pris le dernier poisson sur une de ses cannes. On part ensemble au contact de ce poisson qui nous a gratifié d’un gros combat au dessus de la pente. C’est une miroir de souche magnifique qui glisse dans le filet, faisant exploser notre joie. Avec les deux poissons loupés précédemment, ce poisson nous rassure : l’amorçage a payé !

Arrivée de la pluie
Arrivée de la pluie

La pluie a cessé mais a laissé place à un vent soutenu qui nous envoie quelques rafales bien corsées au point de faire décoller l’abri qui n’était pas forcement bien arrimé. Plus de peur que de mal, je l’attrape au vol depuis mon bed et on le refixe solidement.

Miroir typique du lac
Miroir typique du lac

En milieu de journée, ça repart une nouvelle fois au large, sur la canne déplacée suite à la perte des deux poissons. Je prends contact et recule sur la berge pour faire dévier le poisson sur un côté. Même rituel : zodiac, combat et mise à l’épuisette. Cette belle miroir nous conforte sur le replacement de cette canne qui nous a évité de soucher le poisson. Comme les carpes sont décidées à mordre entre 10 et 12 mètres, on réajuste la pêche pour les prochaines 24 heures.

Un vrai petit lingot !
Un vrai petit lingot !

Une touche timide se produit en fin de journée sur une canne que j’ai déplacé pour la faire pêcher plus profond. Mickaël empoigne la canne et nous partons sur l’eau en zodiac. Le combat n’est pas simple avec ce vent et j’ai du mal à contrer les creux formés par les vagues et surtout le vent qui nous pousse à l’opposé du poisson qui, lui, suit la pente. Mais l’issue sera heureuse, une nouvelle fois. C’est encore une miroir que nous offre ce poste, la plus lourde… Plein de confiance, on s’imagine une nuit mouvementée pour une fin de session mythique. En fait, elle le sera surtout par les rafales de vent et les averses.

On se sent tout petit
On se sent tout petit

Il est temps de rentrer à la mise à l’eau et d’affronter la pente pour remonter les affaires. Après un dernier effort, on clôture cette pêche par un casse-croûte simple mais rempli de souvenirs, face au lac. Une session réussie sur un lac qui n’est pas réputé pour être généreux. Au-delà du résultat, ce fut surtout d’excellents moments partagés avec mon ami Mickaël.

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